Les mots pour le dire : « Parlons du temps… »


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Les mots pour le dire : « Parlons du temps… »
Par Isabelle Bogaert
Publié le - Modifié le
4 min

Tandis que j’écris, il pleut abondamment! C’est l’occasion d’une petite méditation sur le temps, ni bon ni mauvais, mais tel que nous le vivons et qui, comme les auberges espagnoles, ne peut nous offrir que ce que nous lui apportons.
Le temps court depuis longtemps. Il y a le temps très long de la nature, ces millions d’années où l’immense variété des êtres est apparue. Nous n’avons pas de prise. Il y a le temps historique, long lui aussi. Il nous a façonnés. Et n’oublions pas le temps personnel de notre jeunesse, celui de nos bons ou mauvais souvenirs, engrangés dans notre mémoire ou chassés d’elle. De ces temps-là, nous n’avons plus guère la maîtrise.

Le temps qui court
Le temps court depuis longtemps, mais aujourd’hui, c’est nous qui courons après lui. Il se fait bref, il s’accélère et se fragmente. Nous en perdons toute maîtrise. Temps de la concurrence, parce que l’autre risque de nous prendre des parts de marché. Temps du scoop, car il faut être le premier. Temps des loisirs où la maman conduit à gauche et à droite ses enfants… Temps de l’amitié et du coup de fil à donner en vitesse. Et puis celui du micro-onde, pour rattraper nos retards…
Il y a aussi le temps qui n’en finit pas de durer, celui de l’ennui stérile où l’on maugrée et se plaint, où l’on ne chantonne pas ni ne sifflote, le temps de la routine que nous n’arrivons pas à apprivoiser… Le temps qui pèse, car on n’est pas là où l’on doit être ou bien tout simplement parce que, trop encombrés, nous n’arrivons pas à accueillir le présent comme un cadeau.

Prendre le temps
Souvent, le temps nous prend. Ne serait-ce pas à nous de le prendre? Prendre le temps de penser, car c’est la source de la sagesse, comme le dit un poème du Burkina Faso. Et il ajoute: le temps de jouer, de lire, d’aimer et d’être aimé, de se faire des amis, de rire, de donner, de travailler - eh oui, il y a aussi une manière de ne pas être l’esclave du travail - et de prier.
Il nous faudrait aussi parler du "temps décisif", selon l’expression de Jésus au début des évangiles, le temps où il nous faut prendre une décision qui orientera notre vie. Trop souvent, nous sommes menés par notre destin, au lieu de conduire notre existence. Mais il y a quelques moments dans notre vie où tout est à nouveau possible, des instants créateurs. Soit ils arrivent de manière imprévue ou bien nous nous en donnons le temps, prenant du recul pour voir où on en est, si l’on n’a pas fait fausse route, s’il ne faudrait pas se réorienter. C’est le temps du discernement.
Il pleut toujours! L’été sera-t-il pourri? Je ne sais… mais les vacances se profilent pour beaucoup. Voilà encore un autre temps, celui de le perdre. Un temps pour en avoir de trop, pour ne rien faire et s’ennuyer volontairement. S’émerveiller, vivre ici et maintenant, goûter au temps qui passe si lentement, depuis toujours et pour toujours. Certains iront loin, très loin, alors qu’il y a encore tellement à découvrir près de chez soi, mais on n’en n’a jamais le temps! "Pourquoi vous arrêtez-vous tout à coup au bord du chemin?", demanda un patron à ses travailleurs, au temps des colonies. "Nous laissons à nos âmes le temps de nous rattraper…", répondirent-ils.

Le temps qui restera
Il est urgent que nous retrouvions une juste maîtrise du temps. C’est là que se joue la qualité de nos relations et donc de notre vie. Quand la ligne de notre temps aura disparu, il nous restera seulement - mais n’est-ce pas l’essentiel? - de ce que nous avons vécu dans nos relations. Car qu’est le temps sinon l’espace qui nous est offert pour créer des liens avec les autres, avec Dieu, sans s’oublier soi-même et sans négliger aucun des trois?
Le temps est un tissu de relations. Nous le déroulons souvent de manière chronologique, du passé vers l’avenir, alors qu’il se vit dans la profondeur de l’instant présent qui, à la racine de nous-mêmes, nous met en communion les uns avec les autres, au cœur de ce Dieu qui, lui-même, est relation de toute éternité et pour l’éternité.

P. Charles DELHEZ sj

 

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