Jean Raspail pose la question de la miséricorde en s’inspirant d’un fait divers sordide: l’assassinat violent, par un prêtre, de sa maîtresse enceinte et de l’enfant qu’elle portait.
2001 le hasard ou la Providence met sur la route de Jérôme des Aulnais l’ancienne église abbatiale Saint-Saturnin dans laquelle il pénètre avec une curiosité de touriste. De nombreux fidèles y patientent dans l’attente d’être entendus en confession par le père Jacques. Jérôme, qui fut en son temps un avocat affairiste et réputé, ne fréquente plus guère l’église que pour Noël et Pâques. Il ne s’est plus confessé depuis plus de quarante ans et c’est un peu par hasard qu’il pénètre à son tour dans le confessionnal en bois sombre et ouvragé. Il reste alors suspendu aux lèvres du prêtre dont la voix réveille en lui le souvenir d’une affaire à laquelle, au début de sa carrière, il a très modestement participé. Quarante-sept ans plus tôt, le curé de Bief avait défrayé la chronique en assassinant sauvagement sa maîtresse et l’enfant qu’elle portait.
1960 Mgr Anselmos, nouvel évêque de Nivoise, décide de renouer avec ses paroisses à l’abandon et de répondre aux appels épistolaires, restés sans suite, de l’abbé Jacques Charlebègue, curé de Bief, et résident à perpétuité de la prison de Clermont-Nivoise.
Miséricorde pour tous?
Ce roman, en deux temps, aborde la question de la miséricorde: celle-ci peut-elle s’étendre à tous? Aux rebuts de la société, aux assassins, aux violeurs, aux monstres…? Comment l’Eglise peut-elle entourer de sa miséricorde des êtres que tout condamne sans aller contre la justice des hommes?
Nous touchons, par ce récit, à la richesse et à la complexité de l’âme humaine, celle du prêtre mais également celle du narrateur qui se révèle lors de cette séance de confession improvisée. Se confesser, à Dieu, par l’intermédiaire du prêtre, c’est d’abord faire une plongée intime et douloureuse au plus profond de soi pour mettre à jour ce que les années de vie quotidienne ont étouffé comme bassesses, tricheries, trahisons…
Voici un roman signé d’une plume maîtrisée et élégante par un auteur qui a reçu le Grand Prix de littérature de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre. Il ne laissera, en son âme et conscience, aucun lecteur indifférent.
Mariel LEJEUNE
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Jean RASPAIL, "La Miséricorde". Ed. des Equateurs, 2019, 173 pages, 18€ (frais de port: 2,85€) – Remise de 5% pour les lecteurs de Dimanche sur présentation de cet article.

