C’est la petite Marie, cinq ans, qui pose la question. Question tout à fait centrale pour la foi chrétienne. Elle s’adresse, les yeux brillants, à Bernard Miserez. Celui-ci est prêtre, il habite dans le Jura pastoral, une région de la Suisse francophone. Puisqu’il est prêtre, il doit sans doute connaître la réponse, pense Marie. "Tu sais, toi, comment Jésus est ressuscité?"
Question d’un jour, importance pour toujours
L’Abbé Bernard Miserez sait que si la question n’est pas anodine, la réponse l’est encore moins. Certaines personnes croient qu’on peut répondre n’importe quoi aux enfants, surtout s’ils sont petits. En bon pédagogue de la foi, en homme droit aussi, Bernard Miserez sait que ce qui est dit à un enfant, fût-il petit, peut le marquer à vie. C’est comme une graine plantée en terre et qui va germer. Une parole échangée avec un enfant peut prendre racine, se développer, faire surgir d’autres questions, ouvrir le champ d’autres préoccupations. Une parole échangée, surtout si c’est une réponse attendue par l’enfant et donnée par une personne de confiance peut produire du fruit, même très tard dans la vie de l’enfant devenu adulte, devenu même personne âgée et sans doute à son tour personne de confiance. La petite graine semée il y a très longtemps est alors devenue arbre à large ramure.
Ne vous est-il jamais arrivé, bien des années après avoir vécu un événement ou prononcé une parole, souvent dont on n’a plus aucune souvenance, qu’une personne vous dise: "Tu m’as dit cela, ou tu m’as fait cela, il y a très longtemps… Et je ne l’ai jamais oublié! Cela m’a porté, m’a permis de vivre, de surmonter bien des épreuves ou à l’inverse cela m’a détruit et me ronge encore!"
Une question ouvre au dialogue
"Tu sais, toi, comment Jésus est ressuscité?" Bernard Miserez raconte dans le journal suisse Le Quotidien Jurassien (du samedi 31 mars 2018) ce qu’il a répondu ce jour-là à la petite Marie. "Eh bien non, Marie, je ne sais pas. Depuis que Jésus est ressuscité, beaucoup se posent la même question que toi et personne n’a la réponse. D’ailleurs, personne n’a vu Jésus en train de ressusciter. Mais tu sais, Marie, ça doit t’arriver d’être triste parfois, non?" La petite Marie n’est guère surprise que sa question provoque une question en retour. Une question accueillie ouvre presque toujours au dialogue. "Oui, répond-elle, cela m’arrive d’être triste!" Et le prêtre continue: "Et quand tu es triste, que faut-il pour sortir de la tristesse?" La petite répond sans hésiter: "Des câlins pour réchauffer mon cœur."
Le dialogue entre l’abbé Bernard Miserez et la petite Marie s’arrête là. La graine est plantée, toute autre explication n’est pas perceptible pour une enfant de cinq ans. Elle a une réponse claire: personne ne sait comment s’est effectué le grand passage de la mort à la vie pour Jésus de Nazareth, torturé, crucifié, mort sous Ponce Pilate puis mis dans le tombeau de Joseph d’Arimathie, membre du Grand sanhédrin (Mt 27,57-60; Mc 15,42-47; Lc 23,50-54; Jn 19,38-42). Mais Marie a de quoi méditer toute sa vie, à partir de la réponse-dialogue avec Bernard: la résurrection ressemble à ce passage, à cette force qui fait passer de la tristesse au réconfort, de la mort à la vie, de la distance qui sépare des ennemis à la proximité d’une vraie amitié. Comme l’écrit Bernard Miserez: "La résurrection ressemble à cette force de vie, un élan capable de pulvériser la mort. Pâques nous dit ce qu’est la Vie." La formule de Marie est magnifique aussi. Peu de théologiens ou de professeurs de religion et de catéchistes y auraient pensé ou l’auraient osée: "C’est comme un câlin qui nous fait sortir de la tristesse."

