Littérature flamande : Les fermiers en voie de raréfaction


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Littérature flamande : Les fermiers en voie de raréfaction
Par Angélique Tasiaux
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
3 min

Journaliste, Chris De Stoop a l'habitude d'entreprendre de grandes expéditions pour écrire ses articles. Cette fois, il n'est pas parti au bout du monde, mais plutôt dans un coin d'enfance en Flandre.

Chris De Stoop a endossé le costume de fermier de son frère après le suicide de celui-ci. L'occasion d'investiguer sur la pratique actuelle de l'agriculture, dans un hors champ grandeur nature. Très vite, le journaliste reconverti s'aperçoit des changements en cours, non sans douleur. Alors, plutôt que de se lamenter, il en profite pour enquêter auprès de tous les protagonistes. "Ceci est ma ferme" livre un témoignage passionnant sur l'agriculture d'aujourd'hui, ses aberrations et ses contradictions. Il apporte également un éclairage intéressant sur des pratiques menées en Flandre, dans la région d'Anvers. En effet, l'extension de la zone portuaire a engendré d'immenses tractations, avec des dégâts collatéraux dans la personne des fermiers expropriés. Après vingt ans d'éloignement, le fils de paysan retrouve un univers familier menacé de disparition. De "fécond", le polder est devenu insolite et voué à l'anéantissement. Les arbres fruitiers sont arrachés, les terres inondées. Symbolique du décharnement, le village de Doel est devenu fantôme, une "terre de personne". Là, "le cimetière est aussi plein que le village est vide". L'incompréhension et la douleur habitent le cœur de ces héritiers sommés d'abandonner leurs terres et leur foyer. Les gagnants de l'aventure, ce sont quelques espèces d'oiseaux, friandes de zones marécageuses, le crapaud calamite (appelé aussi le crapaud des joncs) ou encore le liparis de Loesel (une orchidée terrestre).

L'agriculture au ban des préoccupations sociétales

Deux mondes s'opposent désormais, celui des paysans face aux "verts", ces théoriciens de la nature. Pour les premiers, "l'idée d'abandonner les champs les plus féconds d'Europe est insupportable" avec la suppression des polders, ces terres gagnées sur la mer au prix d'un intense labeur. "Depuis les inondations de 1585, le pays n'a plus jamais été modifié de manière aussi drastique que maintenant." Un témoin estime, pour sa part, "pitoyables ces verts qui croient s'y connaître en agriculture. C'est comme un boulanger qui pense qu'il peut servir la messe, parce qu'il sait réaliser des hosties". Des théoriciens ont pris le pas sur des professionnels expérimentés. Ainsi en est-il d'un Néerlandais, auteur d'un ouvrage désormais de référence. "Vera trouve que la nature des paysans est une nature dégénérée et préconise un modèle de séparation radical. L'agriculture doit s'intensifier davantage pour libérer plus de terrain pour la nouvelle nature." La variété des paysages se trouve menacée au profit d'une nature réglementée et des agriculteurs en passe de devenir des travailleurs mandatés par l'administration. "Autrefois, les principaux habitants de la campagne étaient des agriculteurs, mais maintenant, ils y sont moins nombreux que les citadins. Ce qui intéresse le plus ces derniers, ce n'est plus la production alimentaire, mais la consommation d'espaces verts, de repos et de loisirs." Les réflexions sur un univers en voie de disparition ne sont pas les seules à occuper ces pages. Elles se trouvent également nourries par l'amour filial de Chris pour sa mère, placée en institution. Peu à peu, la culpabilité face au sort de son frère esseulé va s'estomper pour faire place au sentiment du devoir accompli, celui d'accompagner la ferme dans ses derniers soubresauts.

Angélique TASIAUX

Chris De Stoop, "Ceci est ma ferme". Christian Bourgois, 2018, 317 pages.

 

Catégorie : Culture

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