Cinéma – Un cinéaste et ses démons


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Cinéma – Un cinéaste et ses démons
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
3 min

A Madrid, un réalisateur renommé en perte de vitesse planche sur son prochain film. Douleur et gloire est un émouvant tableau signé Almodovar.

Le nouveau film de Pedro Almodovar sort ce mercredi. Il sera également projeté jeudi au festival de Cannes, où il brigue la Palme d’or au sein de la compétition officielle (verdict le 25 mai). En attendant, on peut déjà affirmer qu’il s’agit d’un très bon cru du réalisateur de Volver, Tout sur ma mère et Les étreintes brisées. Dolor y Gloria (Douleur et gloire) est probablement aussi un des films les plus personnels de l’Espagnol. La comparaison débute dès les premières minutes, au cours desquelles nous découvrons Salvador Mallo, un réalisateur en souffrance. Cela fait plusieurs années maintenant que ce grand cinéaste n’a plus tourné. Perclus de douleurs physiques et morales, il se sent incapable d’affronter un tournage, même si c’est la seule chose qui le maintient en vie. C’est dire la détresse qui l’habite. Souvent plongé dans un demi-sommeil à cause des médicaments qu’il absorbe chaque jour, Salvador voyage dans son passé. Il se remémore son enfance modeste au côté de sa mère, dans un petit village. Puis le séminaire et son éducation en compagnie des curés. On passe ainsi des années 60 aux années 80, tandis que le Salvador contemporain renoue à Madrid avec un acteur avec lequel il s’était brouillé.
Pedro Almodovar nous fait entrer dans l’intimité de ce metteur en scène qui a perdu goût à la vie parce qu’il n’arrive plus à donner vie aux scénarios qu’il a en tête. Fidèle à son style, le cinéaste espagnol poursuit en même temps son retour à une certaine sobriété déjà entamé dans son précédent film, Julieta. On reconnaît ainsi tout de suite l’œil du metteur en scène, mais sans qu’il ne s’impose. On ne peut qu’apprécier les superbes compositions bercées de couleurs et les gros plans qui subliment les acteurs. Antonio Banderas y est, à ce propos, bouleversant. Tout en retenue, il traduit par des mouvements raides et ralentis les douleurs du cinéaste. De tous les plans, ou presque, il habite le film. Cela étant, même si nous côtoyons un homme désabusé, nous ne sommes pas assommés d’une nostalgie pesante. Le monde qui entoure Salvador est coloré et ses souvenirs sont doux. Pedro Almodovar s’autorisant même quelques pointes tragi-comiques.

Des hauts et des bas
A l’intersection des souvenirs personnels et de l’énergie créatrice, Dolor y Gloria dessine le portrait d’un homme à un carrefour de son existence. Il aborde avec lui les sentiments qui traversent tout être humain à différents moments. L’amertume des regrets, l’émerveillement d’un enfant, l’amour passionnel, tout ce qui rythme la vie se mélange dans ce récit. Ces petits moments simples sont mis bout à bout, pour créer un émouvant tableau. On pense à Fellini, bien sûr, et à tous ces cinéastes qui ont raconté leurs difficultés d’artistes. Sans juger de la qualité de ses concurrents, Dolor y Gloria est donc un sérieux prétendant à la Palme d’or. Il montre, en tout cas, le travail d’un cinéaste toujours inspiré qui reste attaché à la forme vibrante de ses débuts, mais parvient à se renouveler.

Elise LENAERTS

Catégorie : Culture

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