Les semailles du Père Loup – « Mon cher Pierre, tu as 35 ans ! »


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Les semailles du Père Loup – « Mon cher Pierre, tu as 35 ans ! »
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
4 min

Tu as 35 ans! Les réunions de tes curés ne t’intéressent guère. Tu as tort! Il ressort de ces rencontres des préoccupations importantes pour tout le monde. Tu en es.
Ainsi donc, une question se pose à tes curés: pourquoi sont-ils aidés par une majorité de paroissiens de "trois fois vingt ans"? On me dira qu’on peut encore être jeune à 60 ans et plus. D’accord! Mais les "vrais" jeunes, disons de 20 à 60 ans, où sont-ils? C’est ton cas, mon cher Pierre. Voilà pourquoi j’ose t’interroger: mais où sont-ils, ces jeunes?
Tu as une réponse toute faite: ces "jeunes" n’ont plus le temps! Ils sont surchargés. Il y a le boulot, les enfants, les finances familiales, les dépenses indispensables, etc. C’est vrai. Mais pardonne-moi! Je crois qu’une autre raison explique leur absence: ils n’éprouvent nullement le besoin, le goût, la saveur de Dieu. Je sais bien que pour installer une fête paroissiale, pour encadrer une retraite de profession de Foi, on trouve encore des volontaires. Mais pour oser le risque de la foi et le dire! Pour entretenir avec d’autres la passion d’aimer! Pour partager la ferveur contagieuse de Jésus! Et pour tout cela, tu ne trouverais pas le temps?
Mais ce n’est pas fini, mon cher Pierre. Voilà qu’une inquiétude plus lourde surgit en nous: vos enfants, TES enfants, que vont-ils devenir? Tu sais pourtant qu’ils ne seront éduqués que par TES choix de vie. Ce qui les mobilise c’est ce qu’ils TE voient faire. Ce qui les marque, ce ne sont pas tes bons conseils ni les bons exemples traditionnels. Ce qui agit sur eux c’est ce que TU es. Autrement dit: nous apprenons à nos enfants ce que nous sommes devenus nous-mêmes! Et comme disait déjà Jésus: "Je me sanctifie moi-même pour qu’eux soient sanctifiés!"
Puisque tu as 35 ans, mon cher Pierre, c’est donc à toi de t’y mettre!
Ensemble, ça ira!

Croire en lui?
Mais la Foi, ça n’apporte rien... C’est bien vrai. La Foi n’apporte rien, mais elle change tout. Un peu (beaucoup?) comme l’amour. Quand un garçon aime une fille, qu’est-ce qu’il gagne? Est-il plus libre? Oh non! Est-il moins inquiet? Non. Est-il plus riche? Au contraire, il s’appauvrit. Est-il plus intelligent? Que non! Il est peut-être même plus bête! Mais tout est différent dans sa vie.
Ainsi en est-il pour la foi. Elle nous révèle le goût, la bonne saveur de la vie. Résultat des courses: nous déplaçons des montagnes. Elle ne donne aucun pouvoir sur Dieu. Au contraire, elle est terriblement exigeante pour nous. Elle ne nous offre pas un paquet de vérités, mais une fureur de vivre qui dénoue toutes les énigmes. Elle n’est pas un dépôt inerte ou une citerne d’eau plate. Elle est source de vie.
Pour moi, tout Jésus se ramène à une petite phrase. Ne cherchez pas: elle n’est pas dans le texte des évangiles. Une petite phrase que Jésus a dû prononcer si souvent qu’elle vibre très fort dans la mémoire de saint Paul. Dans un discours d’adieu (c’est-à-dire quand on pèse ses mots), Paul termine ainsi: "Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir." Voilà la simple joie, la dure joie, la superbe joie qu’une fois déjà nous avons tous expérimentée. (Mais pourquoi, diable, n’avoir pas remis ça: la joie de donner?)
Paul ne l’ajoute pas, mais je crois qu’il le pensait: "Sans ce don de soi, tout le reste est du vent."
En bon français, tout le reste est nul!
Es-tu indispensable?
On déclare aussi: "L’amour rend aveugle." J’aurais plutôt dit le contraire: l’amour donne des yeux! En d’autres mots, il suffit d’aimer pour découvrir (avant quiconque!) une poussée de grippe ou une obsédante tristesse sur le visage qu’on chérit.
"Personne n’est indispensable!", dit-on souvent. Eh bien, ce n’est pas vrai. Si je ne suis pas nécessaire à quelqu’un, je n’existe plus. J’espère aussi que tu as besoin de moi, de mon inquiétude pour ta santé, de mon petit mot dans ce journal.

 

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