Après la crise des "subprimes", le réalisateur américain Adam Mc Kay se penche avec le film Vice sur la politique internationale des Etats-Unis en retraçant la carrière politique de Dick Cheney. Avec cynisme et panache.
Le 11 septembre 2001, les Etats-Unis subissent de plein fouet la pire des attaques de leur histoire. Dans le chaos des attentats, un homme, Dick Cheney, prend les choses en main. Le vice-président de Georges W. Bush profite de la terreur qui s’est emparée des Américains pour faire passer une série de lois destinées à faciliter la lutte contre le terrorisme. Tout le monde le suit, sans imaginer les conséquences que la politique de cet homme aura sur le monde. Il n’en fallait pas plus à Adam McKay, pour s’emparer de l’incroyable histoire de Dick Cheney. Un gars ordinaire, que rien ne prédestinait à mener une carrière politique aussi fructueuse. Et pourtant, lentement mais sûrement, il a obtenu plus de pouvoirs que n’importe quel vice-président avant lui.
Un fin stratège
C’est au grand Christian Bale qu’Adam McKay a confié le rôle. Maquillé, équipé de prothèses et épaissi d’une vingtaine de kilos, il incarne le vice-président américain de ses vingt et un ans à septante ans passés. On découvre donc d’abord un jeune homme fêtard et désinvolte que sa femme sermonne parce qu’il a été renvoyé de Yale pour conduite en état d’ivresse. Le jeune Dick lui promet ce jour-là de se reprendre en main et s’engage en politique. Il opte pour le camp des républicains, simplement parce qu’ils ont l’air vachement plus sympathiques. Cette anecdote, comme beaucoup d’autres, illustre l’ascension de Cheney. Sans grandes convictions hormis celle de se hisser au sommet du pouvoir, il parvient à grimper les échelons en manipulant les bons pions. Il n’est manifestement ni vraiment intelligent ni sympathique, mais il sait où se placer et quand agir. C’est tout ce qu’il faut savoir...
Alors qu’il s’était brillamment attaqué à la crise des subprimes avec The Big Short en 2015, le réalisateur se penche donc sur la politique internationale des Etats-Unis, à travers cette figure méconnue et pourtant essentielle. Comme dans son film précédent, McKay manie le cynisme et la métaphore pour tirer à boulets rouges sur l’homme politique. Certains passages sont donc absolument délectables.
Pamphlet plutôt que biographie
Une réserve, toutefois, le langage d’Adam McKay n’est pas toujours des plus accessibles. Sans connaissance préalable de la politique étrangère américaine, il faut parfois s’accrocher pour suivre les tenants et aboutissants de son exposé. C’est brillant, mais il vaut mieux être préparé à se concentrer pour saisir toutes les subtilités.
Certains seront également dérangés par le parti pris de cette biographie. Adam McKay présente Dick Cheney sous un jour peu reluisant, c’est le moins qu’on puisse dire. L’homme ayant été particulièrement discret, on savait peu de choses de lui, le réalisateur a donc pu utiliser uniquement ce qui l’arrangeait. Cela étant, à l’instar de Michael Moore, il ose afficher son opinion. Vice tient donc finalement plus du pamphlet que de la biographie neutre. Il reflète l’état d’un système marchant à l’influence, dont on peut aisément se servir pour assouvir des desseins personnels. En cela, il est flamboyant de vérité.
Elise LENAERTS

