La seconde partie du film "Breaking the Silence" sera diffusée pour la dernière fois ce mercredi 13 févier à 20h sur la Trois. Retrouvez ici l'article "Occupation, No! Art, Yes !" paru dans le journal Dimanche du 3 février.
Hébron est un microcosme du conflit israélo-palestinien. Dans cette ville de Cisjordanie, l’injustice se manifeste chaque jour dans la rue. C'est dans ce contexte que deux artistes, Ariane et Alexandra, ont eu recours à la musique et à la danse, aux côtés des activistes pacifistes palestiniens et israéliens qui luttent pour la paix.
Dans ce nouvel épisode du film Breaking the silence (que les téléspectateurs de l’émission En quête de sens – Il était une foi ont pu commencer à suivre fin 2018), Ariane et Alexandra continuent leur périple dans les collines situées au sud d’Hébron avec des guides qui sont d’anciens soldats de l’armée israélienne. Ido Even Paz est l’un d’eux. Depuis qu’il a terminé son service militaire, il fait découvrir aux touristes la situation de la population palestinienne qui vit en Cisjordanie. Il permet de comprendre un point sensible du conflit israélo-palestinien, l’occupation des territoires palestiniens par des colons israéliens: "L'occupation est de loin le plus grand projet de l'histoire d'Israël. Aucun autre projet dans son histoire n'a coûté plus d'argent, de temps, d'efforts, de ressources humaines et de sang, bien entendu".
Plusieurs techniques d'expulsion
Dans un village palestinien à côté duquel s’est établie une colonie israélienne, un habitant palestinien fait faire le tour du propriétaire. Il indique que certains habitants de la colonie sont des militaires, des universitaires... "Le fait de vivre l'un à côté de l'autre entraîne beaucoup de problèmes... Vous n'êtes pas autorisé à vous développer. La route, vous ne pouvez pas la réparer. Vos maisons sont visées par des démolitions. Les gens, chaque jour, chaque semaine, s'attendent à voir débarquer les bulldozers". Ido explique les principales techniques utilisées pour expulser les Palestiniens: "La première est de ne pas donner de permis de bâtir aux Palestiniens. Ils doivent donc construire illégalement. Dès lors, toutes leurs maisons sont sous la menace d'un ordre de démolition. Très souvent, l'armée vient et rase leurs maisons. La seconde technique consiste à interdire aux Palestiniens d'accéder à leurs propres terres. Des terrains sont déclarés zones de sécurité, champs de tir, zones de fouille archéologique... Et une troisième manière d'expulser, c'est par la violence. Les colons, en général, ne sont pas des personnes plus violentes que les autres, mais ils ont juste compris que la violence pouvait être utilisée comme un moyen pour expulser les Palestiniens de leurs terres".
L'Holocauste en référence
Ici, les soldats et la Police interviennent trop peu souvent pour protéger les Palestiniens des exactions des colons. Nadav Weiman, lui aussi un ancien militaire israélien, explique l'état d'esprit de ces jeunes soldats qui effectuent ici leur service: "A l'école secondaire, l'essentiel de nos leçons d'histoire concerne l'Holocauste. Nous allons aussi en Pologne visiter les camps d’extermination pour comprendre ce qui s'est passé. Et juste après... Tu rejoins l'armée! Et là, on nous le rappelle à chaque fois: nous sommes en danger, nous devons nous protéger et le pays d'Israël est le résultat de l'Holocauste. A cause de cela, nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour sauver notre peuple... les colons comme les autres citoyens israéliens. Nous n'apprenons rien d'autre. Comme soldat, personne ne m'a jamais parlé des lois internationales ou des droits de l'Homme, de ce qu'est la Cisjordanie et de la différence qui existe entre un régime militaire et une démocratie. C'est ainsi que tu fais tout ce qu'on te dit parce que tu ne comprends pas. C’est seulement quand tu as terminé ton service militaire que tu commences à comprendre que les choses n'étaient pas exactement comme on te l'avait dit."
Les conséquences néfastes du mur
De retour à Hébron, visite du célèbre Tombeau des Patriarches. C’est un lieu saint pour les Juifs et pour les musulmans car il abrite le tombeau des quatre patriarches et matriarches dont Abraham et Sarah. A la sortie, Murad Amro, un activiste pacifiste du mouvement Youth against Settlements – Les jeunes contre les colonies, rappelle la cible du combat que mènent tous ces activistes rencontrés: "Nous n'avons rien contre les Juifs. En tant que Palestiniens, nous ne sommes pas contre les Juifs ou contre le judaïsme. Nous sommes seulement contre l'occupation et contre les colonies. Les Juifs sont les bienvenus et ils ont le droit de venir, de visiter le tombeau de leur Père Abraham et même de vivre ici. Pourquoi pas, en fait, si j'ai ma ville, Hébron, libre, et une Palestine libre ? Peu importe pour nous qu'ils soient juifs, chrétiens ou musulmans. Le seul problème, c'est l'occupation et ce qu'ils nous font subir".
Murad fait alors prendre conscience des conséquences néfastes du mur qui sépare Israéliens et Palestiniens et qui les empêche aujourd’hui de se rencontrer, de se parler, de se connaître, mais aussi de l’influence des médias: "Un grand nombre d'Israéliens ne savent pas ce qui se passe ici en Palestine. Par exemple, ici à Hébron, ils pensent que tous les Palestiniens ont des armes et des couteaux pour les tuer. Les médias israéliens parlent tous les jours des Palestiniens et les présentent comme des terroristes: 'Les Palestiniens veulent nous tuer. Ils veulent nous jeter à la mer'. Si vous allez en Israël et que vous demandez: 'Avez-vous déjà rencontré un Palestinien?', ils vous répondront: 'Non'. Ils ne nous connaissent pas ! Ils ont peur de venir ici. Et selon leur loi israélienne, ils n’ont même pas le droit de venir ici. A l’entrée de chaque ville palestinienne, des panneaux rouges le leur rappellent: cette zone est interdite à tout citoyen israélien sous peine de poursuites judiciaires."
Toujours non!
Avant de quitter Hébron, une dernière rencontre s’improvise avec des enfants et des artistes palestiniens chez YES Theatre. Intriguée par le nom de ce théâtre, Alexandra reçoit cette réponse: "A Hébron, spécialement à Hébron, tout le temps, nous entendons de la part de l’occupant: Non ! Pour une nouvelle chose, c'est NON. Artistes ? NON. Danser ? NON. Cinéma ? NON. Théâtre ? NON. Pour cette raison, nous avons dit : YES ! et YES THEATRE. L’occupation essaie de tuer nos sentiments et notre sensibilité. Par l’art, nous nourrissons notre capacité à ressentir".
Alors qu’une troupe de danseurs venus de Lituanie apprend une chorégraphie aux enfants, le représentant lituanien en Palestine interpelle: "Nous sommes ici dans le processus de paix ! L'expression artistique de ces enfants, en ne succombant pas à la tentation de la résignation ou à toute idée qui ne construirait pas la paix, ce sont les premiers pas vers la paix via des projets artistiques".
L'équipe des reporters - Photo: Image issue de Breaking the silence, 2ème partie. Un film d'André Bossuroy.

