Réflexion poétique : à un souffle près


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Réflexion poétique : à un souffle près
Par Angélique Tasiaux
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
2 min

Avec une préface prestigieuse signée Sylvie Germain, "La possibilité de l'âme" aborde une thématique peu ordinaire : celle des âmes. Pas de définition précise, mais plutôt une ébauche d'histoires à compléter par le lecteur.

Deux voix se mêlent au fil des pages de ce texte de réflexion, dans un lent glissement entre une correspondance informelle adressée à l'époux disparu, dédicataire du livre, et des récits inspirés par l'écoute de faits a priori insignifiants. D'emblée, un constat s'impose: "l'homme du XXIe siècle est un homme insécurisé, fatigué de porter seul sa vie". Face à tous ces remous intempestifs demeure l'illusion propre aux rêveurs. "Le poète n'est pas celui qui donne de l'âme aux choses, mais celui qui permet aux choses de révéler leur âme déjà là." Au détour du chemin arrive l'inattendu d'un lieu mille fois sillonné par des foulées pressées. Et c'est précisément dans tous les fragments d'objets que subsiste une perception éphémère et indicible, mélange d'impression "à fleur d'absence". "Les lieux sans âme se décrivent, mais ils ne se racontent pas", écrit Catherine Ternynck. Subtile, la distinction retient l'attention et mène les pas de l'écrivaine, qui est aussi psychanalyste. Car les lieux à l'agencement parfait ne sont pas les plus propices au bonheur de leurs occupants. Les rêves n'y établissent pas leur demeure. "Sur la façon dont l'âme quitte l'enfance, sur ce qu'elle laisse derrière elle, on ne sait pas grand-chose." Le constat est amer.

Une cartographie de l'univers ambiant

Dans le remue-ménage du monde, le rythme soutenu l'emporte sur les mouvements lents teintés d'intériorité; "la hantise du temps" balaie toute tentative sur son passage. Et dans cet éparpillement, la légèreté paraît bousculée. Certains visages laissent affleurer un semblant d'enfance, entraperçu par mégarde. L'apparence masque l'essentiel. Il arrive alors que l'humanité s'affiche quelquefois au détour d'une intense souffrance physique. Pourtant, il est regrettable qu'un meurtre assombrisse la tonalité lumineuse de ce texte, porté, par ailleurs, par une grande douceur. Le manque d'espérance n'excuse décidément pas tous les actes.

Angélique TASIAUX

Catherine TERNYNCK, "La possibilité de l'âme". Bayard, 2018, 264 pages.

 

Catégorie : Culture

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