Dernier volet d’une trilogie, Glass réunit les trois personnages dotés de super-pouvoirs découverts dans Incassable et Split: David Dunn, Elijah Price et Kevin. Cette suite étonnante renverse les certitudes.
Le réalisateur M. Night Shyamalan a toujours su ménager les retournements de situation. Qui n’a pas été estomaqué par la fin de Sixième sens? Ou par les pouvoirs extraordinaires de David Dunn, le héros incassable révélé par son exact opposé, Elijah Price, l’homme aux os de verre. Ce sont justement ces derniers qu’on retrouve dans son nouveau film, Glass. Près de vingt ans après Incassable, Bruce Willis et Samuel L. Jackson reprennent leur personnage dans une étonnante suite. Etonnante, tout d’abord, car elle succède également à un autre film du même réalisateur, Split. Ce thriller haletant s’intéressait au cas très particulier de Kevin, un jeune homme atteint d’un sérieux trouble de la personnalité. C’est le moins qu’on puisse dire, car pas moins de 23 personnes cohabitent dans son corps, dont un enfant, une femme autoritaire mais aussi une bête vengeresse. Ecrit comme ça, le rapport entre ces films ne saute pas forcément aux yeux. C’est là tout l’art du réalisateur.
Glass réunit donc ces trois personnages troublés et troublants dans un institut psychiatrique. Entre ces murs, une spécialiste des troubles de la personnalité va tenter de leur faire comprendre qu’aucun d’entre eux n’a de super-pouvoirs. David Dunn a certes beaucoup de force, mais ça ne fait pas de lui un justicier invincible. Kevin est habité par différentes personnalités mais la bête n’est pas un être surhumain, pas plus qu’Elijah ne possède un cerveau ultra-développé. Glass est donc un questionnement sur les super-héros, leurs liens avec la vie réelle, la façon dont ils se révèlent à eux-mêmes et aux autres. M. Night Shyamalan installe le doute dès le début du film. Il bouscule en chemin les codes des comics dont les adaptations cinéma sont plus que jamais d’actualité. C’est brillant.
Thriller schizophrène
Il y a donc un vrai rapport entre les trois films, reliés par cette interrogation sur les capacités humaines et sur la force du cerveau. Les facultés hors-normes des trois internés découleraient-elles simplement de l’auto-persuasion? Dès qu’on pense avoir trouvé une réponse, Shyamalan nous renvoie sur une autre piste. Sa maîtrise est impressionnante. Il parvient à construire une intrigue foisonnante mais cohérente soutenue par des acteurs dont le charisme n’est plus à démontrer. A moins d’être voyant, impossible de deviner si les trois hommes sont fous ou s’ils possèdent effectivement des pouvoirs extraordinaires. Le film est ainsi parcouru d’une tension qui monte crescendo tandis que le travail de la psychiatre progresse. Glass est donc un thriller extrêmement bien ficelé, en plus d’une interrogation passionnante sur la psyché humaine.
Pour un film qui se déroule plus de la moitié du temps à l’intérieur de cellules blanches, Glass tient merveilleusement en haleine. Contrairement aux films de super-héros, il ne cherche pas à nous impressionner avec des scènes d’action spectaculaires. Il repose sur le travail d’ambiance, les sons, la musique, sans abuser du surnaturel. Les réfractaires aux Marvel, X-Men et compagnie peuvent donc y trouver leur compte eux aussi. Un bel exemple de cinéma!
Elise LENAERTS

