Les dons affluent dans le musée namurois aux couleurs du passé et aux accents contemporains. Une grande variété caractérise les 8.000 objets réunis dans ce lieu unique en Wallonie, deuxième en importance après le musée de Tervueren, qui rouvre ce 9 décembre.
Voilà un musée à présenter de toute urgence à Joseph Schovanec, ce philosophe qui déplore la standardisation des espaces muséaux rendus chaque jour plus aseptisés! Ici, tout est authentique, des étagères à l'amoncellement de pièces exposées dans un bric-à-brac géant. Loin d'être une critique, ce constat souligne la particularité d'un lieu sur le point d'être rénové… En effet, la fermeture du Musée africain de Namur est prévue dans le second semestre de l'année 2020. Pendant la durée des travaux dont la fin est annoncée en 2024, les collections tourneront dans des mini-expositions, à la conquête d'un nouveau public. Car, reconnaissons-le, ce musée souffre d'un regrettable déficit de notoriété.
La représentation d'une époque
Directeur du Musée africain de Namur, depuis la procédure de mise en conformité entreprise en 2014, François Poncelet reconnaît combien la gestion du passé colonial est délicate. Il revient sur la scénographie "conçue par des anciens coloniaux, avec, pour certains, la nostalgie d'un temps béni, même si une remise en question est en cours sur la légitimité et la pertinence des réalisations en Afrique. Le musée évolue vers une lecture plus critique et plus nuancée, sans adopter une posture de jugement, mais plutôt celle d'une analyse des relations entre Blancs et Noirs, pour voir ce qui est sorti de ces rencontres. Il ne s'agit pas d'adopter une pensée unique, mais de laisser place au débat, sans condamnation unilatérale ou, à l'inverse, ne plus se poser de questions". Et de prôner une distanciation face à une lecture binaire de l'histoire. "Les problèmes actuels ne trouvent pas exclusivement leurs sources dans le passé colonial. A l'inverse, il ne faut pas balayer trop vite le passé. Des Belges ont été là-bas avec de bonnes intentions, dans un contexte historique qui était le leur. Et déjà pendant la période coloniale, il y avait des gens qui contestaient certaines prises de décision. Aujourd'hui, il n'y a pas beaucoup de changements dans les relations entre Blancs et Noirs. La condescendance des individus européens reste vive."
Un engagement contemporain
Le dessein du musée est d'avoir "un impact sur la société au quotidien", précise encore son directeur. Il affiche son intention de promouvoir le dialogue entre les cultures et d'œuvrer à la mémoire collective. "Le musée est un endroit neutre, scientifique; il ne peut se permettre de vivre dans le passionnel." Et de défendre un nouveau terme, celui d'expographie, une façon d'envisager les expositions dans laquelle "les bénévoles ont leur mot à dire, sans se référer à un diplôme". Parmi les expositions temporaires prévues figure un projet consacré aux BD "qui parlent du Congo. Il s'agira de BD d'ambiance, de romans graphiques, avec des auteurs d'origine congolaise ou européenne". Le musée dispose, en effet, d'une vaste collection d'ouvrages (20.000 imprimés), régulièrement complétée par des dons. Ceux-ci sont fréquents, qu'il s'agisse d'objets, précieux ou non.
Angélique TASIAUX
Ouvert tous les jours de 14h à 17h, excepté les lundis, samedis et jours fériés, rue du Premier Lancier, 1 à 5000 Namur. Tél. 081 23 13 83 – www.musafrica.net
Illustration : masque du peuple Kuba, RDC, Entre-deux-guerres (c) Pierre Wachholder

