Adaptation du roman éponyme de Christine Angot, Un amour impossible relate l’histoire d’une mère-courage pour aborder les rapports de domination dans le couple sur fond de lutte des classes. Un film réellement émouvant.
Ceux qui regardent la télévision française connaissent Christine Angot pour le ton acerbe sur lequel elle invective parfois les invités de l’émission On n’est pas couché de Laurent Ruquier. Cheveux noirs coupés courts et air sévère, la chroniqueuse n’hésite jamais à dire tout haut ce qu’elle pense d’un livre, d’un film ou d’un album. Ses interventions ont tellement marqué qu’on en oublierait qu’elle est d’abord une écrivaine reconnue, dont les romans "autofictifs" ont surpris bon nombre de lecteurs. L’un d’eux, Un amour impossible, vient d’être adapté au cinéma par Catherine Corsini. Le récit commence dans les années cinquante à Châteauroux. Rachel, modeste employée de bureau a alors vingt-cinq ans et tombe amoureuse de Philippe, un jeune homme de bonne famille. Les deux jeunes gens vivent une intense passion mais Philippe prévient Rachel: il ne l’épousera jamais car ils ne sont pas du même milieu. La jeune femme, relativement soumise, accepte mais tombe enceinte d’une petite fille, Chantal, alter-ego de Christine Angot.
Née de père inconnu
Ce bébé conçu dans l’amour, ne porte toutefois que le nom de sa mère. Le père a effectivement disparu dans la nature laissant Rachel élever seule son enfant. Ils correspondent malgré tout, Rachel le tient au courant de l’évolution de sa fille qui la comble de bonheur. Philippe la rencontre épisodiquement mais refuse pourtant de s’impliquer plus que cela dans sa vie. Pendant des années, Rachel tentera donc de le convaincre de reconnaître Chantal. C’est tout ce qu’elle veut de cet homme qui a, entre temps, fondé une famille avec une autre femme issue de sa classe sociale. Un amour impossible raconte le combat de cette mère pour que sa fille porte le nom de son père, puis s’intéresse à la relation de la jeune Chantal avec ce père absent. Très riche, le récit aborde également les rapports complexes entre mère et fille, tissés de tendresse et de confrontation. Grâce aux images suscitant l’empathie, le cinéma rend accessible la prose parfois déstabilisante de Christine Angot.
À la fois déchirant, révoltant et plein d’espoir, Un amour impossible témoigne des rapports de domination dans le couple, mêlés à la lutte des classes. La réalisatrice a transposé de façon touchante les réflexions de l’auteure sur les actes dont elle a été victime, résultat, selon elle, du mépris de son père envers le milieu modeste de sa mère. Catherine Corsini doit, à ce propos, la réussite de son film à Virginie Efira qu’elle a choisie pour le rôle de Rachel. L’actrice belge révélée par la comédie confirme son talent pour le drame. Fragile, sensible mais déterminée, elle incarne cette femme avec beaucoup de nuances. C’est donc elle qui porte ce film rendant hommage au courage de cette maman, même si son partenaire, Niels Schneider, est brillant lui aussi en amant charmeur et ignoble. Leurs interprétations nous rapprochent des personnages et on ressort ému par les parcours de cette mère et de sa fille.
Elise LENAERTS

