Cinéma – La femme de l’ombre


Partager
Cinéma – La femme de l’ombre
The Wife Left to right: Glenn Close as Joan and Jonathan Pryce as Joe
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
3 min

The Wife est l’histoire d’un couple d’écrivains en route pour le prix Nobel. Un film de Björn Runge dans lequel l’actrice américaine Glenn Close est magnifique.

Derrière chaque grand homme, il y a une femme". Aucune citation ne pourrait mieux convenir à The Wife, en salles cette semaine. Ce drame adapté du roman éponyme de Meg Wolitzer dresse le portrait d’une femme, Joan. Epouse du célèbre auteur Joe Castleman, Joan a toujours soutenu son mari dans l’ombre. Effacée en public, elle est le pilier de ce grand écrivain, organisant leur vie quotidienne avec dévotion. Lorsqu’un coup de fil annonce à Joe qu’il vient de remporter le prix Nobel de littérature, Joan saute de joie avec lui, célèbre cette victoire qui est aussi un peu la sienne. Elle l’accompagne évidemment en Suède, pour assister à la cérémonie au cours de laquelle cette prestigieuse récompense lui sera remise. Joan est heureuse pour son mari, vraiment. Et pourtant... Dans l’avion qui les amène vers la consécration, Joan commence à réfléchir à leur vie commune. En serrant les mains des lecteurs subjugués par son mari, elle pense au passé. Les cocktails, les dîners s’enchaînent, sans distraire réellement l’épouse fidèle toujours plongée dans ses souvenirs. Elle se remémore leur rencontre, quand elle était une jeune étudiante en lettres très prometteuse, tombée sous le charme de son professeur. A l’époque, la carrière d’écrivain n’était pas destinée aux femmes. Joan a donc mis ce rêve de côté pour fonder une famille. Elle aime son mari et ses deux enfants, mais pourtant, elle doute et savoure avec une légère amertume le triomphe de Joe, même si celui-ci ne manque jamais de la remercier dans ses discours.

Le couple et les sacrifices
L’intrigue de The Wife pourrait se résumer en quelques mots: un écrivain et sa femme se rendent à Stockholm pour recevoir le prix Nobel. Mais il s’agit de bien plus que cela. L’histoire de ce couple vieillissant est d’une richesse époustouflante qui lui fait dépasser le stade du drame intimiste. Glenn Close transmet avec sensibilité les regrets de cette femme qui a sacrifié son talent pour celui de son mari. Des infidélités de Joe, à l’éducation parfois difficile de leurs enfants, le réalisateur décrit avec un réalisme saisissant leur relation aimante mais semée d’accrocs. Il montre la complexité des relations amoureuses, l’emprise du temps sur la complicité et surtout réfléchit à la position de la femme, souvent reléguée au second plan.
Mieux encore, le réalisateur insuffle dans la seconde partie une dimension thriller. Un écrivain suit en effet le couple pour tenter de convaincre Joe Castleman de lui confier l’écriture de sa biographie. Ce dernier refuse, mais le biographe insiste et creuse dans le passé de l’auteur, persuadé d’avoir une révélation détonante sous la plume. Ce nouvel angle vient dynamiser le film sans le dénaturer pour la cause. Mis en scène de façon classique, The Wife s’attache avant tout à la psychologie de ses personnages. Cette recherche de vérité, ce travail sur les nuances en font un émouvant portrait des relations humaines.

Elise LENAERTS

Catégorie : Culture

Dans la même catégorie