A quelques jours de la fin du synode sur ‘les jeunes, la foi et le discernement vocationnel’, Mgr Jean Kockerols, évêque auxiliaire de Malines-Bruxelles et représentant de la Conférence des évêques belges au synode, ne cache pas sa préoccupation.
Le risque existe que la rencontre passe à côté des fortes attentes de la jeunesse, a mis en garde Mgr Kockerols lors d’une rencontre avec des journalistes le 17 octobre 2018. Le synode, explique d’emblée l'évêque auxiliaire de Malines-Bruxelles, a un problème: l’Instrumentum laboris – le document de travail dont partent toutes les réflexions – est un véritable “catalogue”. Les problématiques évoquées concernent les jeunes, reconnaît-il. Avant d’ajouter: mais pas seulement, elles concernent au fond toute l’Eglise. Si les jeunes sont des experts du ‘continent numérique’, les autres fidèles ne sont-ils pas eux aussi connectés en permanence et confrontés aux mêmes défis?
“Il faut cibler nos échanges”, poursuit Mgr Kockerols. Sinon, met-il en garde, “l’éléphant risque d’accoucher d’une souris”. Voire, pire encore, d’une version “enrichie et augmentée” de l’Instrumentum laboris, document déjà pesant et “indigeste”. Les jeunes ne la liront jamais, reconnaît l’évêque avec lucidité.
Comme plusieurs Pères synodaux, le représentant des évêques belges plaide pour un message spécifiquement adressé aux jeunes, et tout d’abord les jeunes chrétiens. Pas plus de quatre pages si c’est sous forme écrite. Mais pour lui une brève vidéo avec le pape François et des jeunes serait bien mieux. L’objectif d’un message si court? Lancer un appel à la jeunesse pour se rencontrer, s’écouter, s’entraider. En somme, une déclaration d’amour à la jeunesse, même si le prélat n’utilise pas l’expression.
Se laisser évangéliser par les jeunes
Il s’agirait ainsi du premier pas vers une ‘option préférentielle pour les jeunes’. Calquée sur celle pour les pauvres, cette expression revient au synode dans la bouche de plusieurs évêques latino-américains. Rien d’étonnant à cela, puisqu’elle se retrouve déjà dans le document d’Aparecida (2007) – véritable guide des orientations pastorales pour cette région du monde. Un document rédigé sous la conduite du cardinal Bergoglio, désormais plus connu sous le nom de pape François…
L’intention est belle, mais encore faut-il la mettre en œuvre. Pour Mgr Kockerols, il est avant tout nécessaire de répondre à la demande des jeunes de crédibilité et même de cohérence au sein de l’Eglise. “Il y a une attente parfaitement légitime, mais je suis dans l’inconnu sur les moyens à mettre en œuvre pour y répondre”, reconnaît l’évêque qui donne tout de même quelques pistes.
A commencer par changer de regard: non pas une pastorale pour les jeunes, mais une pastorale avec les jeunes. Ainsi, s’il est nécessaire d’évangéliser les jeunes, il faut tout autant se laisser évangéliser par eux. Ce qui n’est pas si facile et requiert d’accorder une grande confiance et une écoute non moins grande. Il ne s’agit donc pas seulement d’écouter les jeunes, mais aussi – et peut-être surtout – de les écouter eux. Dieu parle à travers la jeunesse, elle est une “bénédiction“ pour l’Eglise, ont ainsi professé certains Pères synodaux.
Unité et universalité
Hormis ces grands principes, la méthode d’un synode mondial n’est peut-être pas la meilleure pour proposer des pistes concrètes, analyse Mgr Kockerols. Certes, l’universalité de l’Eglise réunie à Rome est très belle: les évêques du monde entier se côtoient, écoutent le récit souvent poignant des réalités locales. Mais est-il possible de trouver des réponses communes à des situations si diverses? Par exemple, s’il y a une “grande attente” sur la sexualité en général, les “divergences” n’en sont pas moins grandes.
Pour Mgr Kockerols, cette tension entre unité et universalité est la grandeur et le défi du catholicisme. C’est un “enjeu fondamental, plus que jamais complexe”, mais c’est aussi la “force de l’Esprit Saint”. C’est Lui, explique le prélat, qui garde l’unité de l’Eglise depuis 2000 ans. Ainsi, Mgr Kockerols confie prier “sans cesse” l’Esprit Saint. En particulier pour qu’Il inspire les rédacteurs du document final du synode. Celui-ci sera voté le 27 octobre.
Xavier LE NORMAND - Images: Mgr Kockerols et Mgr Van Looy, lors d'un point presse à l'Ambassade de Belgique à Rome - Synode des Jeunes - 17 octobre 2018 - © Tommy Scholtes

