Ouverte le 5 mai dernier, la Fondation Kanal - Centre Pompidou connaît un joli succès de foule. La curiosité mène les pas des visiteurs, curieux de découvrir le garage, ancien fleuron bruxellois transformé en temple de l'art contemporain.
Construit dans les années 30, l'établissement Citroën est rapidement devenu mythique, grâce notamment à sa proue de verre spectaculaire, placée à front de rue. L'édifice, qui se déploie sur 16.500 m2, incarne tout à la fois un esprit moderniste et novateur. Devenu propriété de la Région de Bruxelles-Capitale en 2015, il a été rapidement aménagé en espace muséal, après le départ de la marque automobile française deux ans plus tard. La difficulté majeure tenait à rendre les lieux accueillants sans les dénaturer. En ce sens, le parti pris est plutôt réussi, puisque toutes les annotations propres à un concessionnaire automobile y figurent encore, avec notamment les mentions signalétiques de la réception, de la carrosserie, de la livraison des véhicules neufs ou encore celles des vestiaires et du magasin de pièces détachées. L'acquisition de ce lieu répond à l'ambition politique de créer un pôle culturel contemporain dans la capitale européenne. Une fois le bâtiment acquis, restait à définir un contenu à présenter aux visiteurs. C'est dans ce contexte qu'une convention a été signée avec le Centre Pompidou, pour une durée de dix ans. Parmi les œuvres déplacées, certaines se prêtent particulièrement au décor, telles celles qui figurent dans le département de la carrosserie, sous le titre emblématique de "Tôles". A côté de ce transfert temporaire, dix artistes installés à Bruxelles ont été sollicités. Leurs œuvres sont exposées, çà et là dans le bâtiment. Art plastique, vidéos, etc. Tout est permis. Ainsi en est-il de "L'archipel du moi", un film conçu et joué, sous diverses figurations, par Ariane Loze, qui imagine un contenu des collections muséales à l'image d'identités individuelles séquestrées.
L'an zéro d'un musée
Ces commandes constituent les prémices de la collection permanente, entière propriété de Kanal. D'ici dix ans, lorsque la convention avec le Centre Pompidou prendra fin, le nombre d'œuvres commandées aura été multiplié par dix. Pour les amateurs de musée, il est intéressant de découvrir Kanal à ce stade non accompli, puisque l'ouverture est toute récente. Il s'agit dès lors des coulisses d'un espace muséal dont la taille gigantesque subit de plein fouet les aléas météorologiques. L'isolation est quasi-absente de cette construction qui semble quelquefois éventrée. Carrelages défaits, fissures dans le ciment ou le plâtre, teinte grisâtre du béton vieilli, tout est "pur jus". Car, en juin 2019, soit un peu plus d'un an après son ouverture, l'ensemble sera l'objet de travaux d'aménagement conséquents et – faut-il le reconnaître – nécessaires. Spectacles vivants et hébergement de la Fondation d'architecture et d'urbanisme CIVA figurent également au programme de Kanal. Différentes maquettes permettent d'envisager l'évolution et la transformation à venir du bâtiment. La fin de ces travaux conséquents est prévue en 2022-2023.
Une plateforme expérimentale
Le visiteur se trouve plongé dans un espace inédit, avec un foisonnement d'œuvres déconnectées. Le fil conducteur de l'ensemble n'est pas évident à reconstituer. Une exhortation à se perdre dans le bâtiment figure d'ailleurs au verso du plan remis au visiteur. Celle-ci traduit l'état d'esprit du lieu, véritable melting pot culturel. Même les heures d'ouverture ne sont pas conventionnelles, puisque l'ensemble est accessible jusqu'à 22h, voire minuit durant le week-end. Et, cerise sur le gâteau pendant les mois d'été, l'atmosphère y est décontractée, avec quelques guinguettes installées le long de la Senne. Même l'espace de restauration se veut original, avec une ancienne caravane abandonnée dans le décor. Une certaine nonchalance habite assurément les lieux, tandis que les visiteurs déambulent au gré de leurs envies. Pour les guider, le personnel d'accueil arbore une salopette bleue, à l'instar des anciens travailleurs. Ce code vestimentaire facilite leur visibilité et ajoute une touche d'humour bienvenue. Enfin, la proposition de l'Usine de films amateurs réjouira les bandes d'amis qui pourront s'essayer à la réalisation d'un (très) court métrage de trois minutes. Décors, déguisements, matériel, tout est prévu sur place pour les artistes en herbe. C'est à l'initiative du réalisateur français Michel Gondry que les acteurs et cinéastes amateurs, au nombre de 5 à 15, sont invités à se lancer en trois heures. Le résultat est bluffant!
Angélique TASIAUX
Infos: lundi, mercredi et jeudi, de 12h à 22h, vendredi et samedi de 12h à 24h, dimanche de 12h à 20h – www.kanal.brussels – 02. 435 13 60



