Homélie du 23e dimanche: La surdité du cœur


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Homélie du 23e dimanche: La surdité du cœur
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
3 min

Qui d'entre nous n'a pas fait l'expérience, lorsqu'il souhaitait partager un incident, un événement important de son histoire, de se voir soudainement couper par son interlocuteur qui ramenait alors tout à lui ou à elle ? Dans de nombreuses discussions, n'avons-nous pas trop souvent tendance à ne pas vraiment écouter l'autre jusqu'au bout afin de lui faire connaître d'abord nos convictions, nos idées ?

Nous ne vivons plus une discussion mais plutôt une joute oratoire où tout le monde sort perdant puisque nous sommes passés à côté d'une véritable rencontre humaine, en croyant que, communiquer, c'est tout simplement devoir donner son avis plutôt que d'essayer ensemble d'avancer sur une question, sur une problématique.

Si nous ne sommes pas à même de nous écouter les uns les autres, comment alors espérons-nous être capable d'entendre les signes vivants de Dieu parmi nous? Or le Seigneur continue à s'adresser à nous par divers signes. Par ailleurs, ce serait une erreur de croire que notre surdité n'existe que vis-à-vis de l'autre qu'il soit parent, enfant, ami ou simple connaissance, ou encore vis-à-vis de Dieu qu'il soit Père, Fils ou Esprit. Non, nous devons nous rendre à l'évidence que cette surdité peut également se vivre par rapport à nous-mêmes. Combien de fois, n'écoutons-nous pas les signes alarmants de nos corps? Cette attitude conduit parfois certains et certaines d'entre nous à des catastrophes irréversibles. Et c’est pire encore lorsque la surdité intérieure atteint notre cœur. Puissions-nous entendre cette phrase de Jésus: "ouvre-toi". Oui, mais pour pleinement t'ouvrir aux autres, ouvre-toi d'abord à toi-même. Ecoute ton cœur, écoute ce que tu ressens au plus profond de toi, refuse de te fuir. Alors seulement, fortifié par ce temps d'écoute offert à ton cœur, tu peux commencer à parler, à quitter ce monde intérieur de silence dans lequel tu t'étais peut-être cloisonné. S'ouvrir à soi, c'est donc être capable de se donner à nouveau la parole pour dépasser ses peurs, ses craintes de la Vie. C'est également vouloir réinstaurer un type de communication fondé sur la vérité de ce que l'on ressent, ou encore pour qu'une véritable rencontre puisse se vivre et s'épanouir.

Retrouver la parole, renouer avec le langage du cœur, c'est prendre la responsabilité de laisser répandre sa sensibilité, ses sentiments. Finalement, les seules choses qui véritablement importent au cours de cette vie sur cette terre. C'est donc entendre une rumeur en soi, dans le pli d'un silence. Refuser d'être muet, c'est oser se dépouiller d'une partie de son âme, se réjouir de ce rapt tout intérieur. Voilà de quoi nous souffrons sans doute le plus lorsque nous sommes muets avec nous-mêmes, c'est de ne pas être assez volé dans notre cœur, d’être pillé dans nos sentiments pour nous laisser véritablement déposséder. Vivons de ce rapt, alors et alors seulement la Parole coulera à nouveau par nos lèvres, en provenance de notre cœur, comme une source d'eau claire et limpide. Trop souvent nous restons sourd et muet. Et si le miracle de Jésus était aussi pour nous aujourd'hui !

Philippe COCHINAUX o.p.

©Photo: Pixabay

Catégorie : L'actu

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