Pour leur nouveau film (I feel good), le duo Délépine/Kerven a installé sa caméra dans une vraie communauté d’Emmaüs. Devant elle, Yolande Moreau et Jean Dujardin: une sœur et son frère mais deux visions du monde opposées.
La première séquence, surréaliste, donne le ton. Vêtu d’un simple peignoir blanc et de pantoufles, Jacques (Jean Dujardin) marche sur une route en direction de sa sœur, incarnée par la belge Yolande Moreau. Cette dernière est responsable d’une communauté Emmaüs située dans le sud-ouest de la France, près de Pau. Mais pourquoi Jacques, ce fameux frère qu’elle n’a plus vu depuis plusieurs années, passe-t-il soudainement lui rendre visite? Lors d’un repas, Jacques se confie sur une de ses nouvelles grandes idées: lancer une entreprise de chirurgie esthétique "low-cost". La fortune qu’il amassera lui permettra de changer de paires de chaussures tous les jours et de boire du champagne, car "le but du jeu, c’est de faire bosser les autres, pas de bosser soi-même". Mais on comprend vite que derrière ses grandes idées capitalistes, ce frère est surtout sans argent et n’a jamais concrétisé le moindre projet dont il parle…
Ceux qui ont déjà vu le cinéma de Gustave Kervern et Benoît Delépine connaissent la tonalité de leurs films, qui traitent avec un certain réalisme des univers décalés, avec un ton toujours amusant mais jamais moqueur. Après avoir notamment fait jouer Benoît Poelvoorde et Gérard Depardieu dans Saint-Amour, les deux réalisateurs rassemblent dans I feel good un tandem inédit formé par Yolande Moreau et Jean Dujardin. Le troisième acteur du film étant la communauté Emmaüs elle-même.
Employés d’Emmaüs et acteurs
Les réalisateurs ont en effet posé leurs caméras dans une vraie communauté Emmaüs, située dans un village des Pyrénées-Atlantiques, le but du film étant de montrer l’antagonisme entre les laissés-pour-compte et le personnage hautain joué par Jean Dujardin. Pour pousser encore plus le réalisme, la plupart des personnes qui apparaissent dans I feel good sont les membres de cette communauté. "Le film est d’ailleurs né grâce au lieu", explique Gustave Kervern. On voit ainsi Jean Dujardin dévisagé par les membres de la communauté lorsqu’il rentre en peignoir dans la cantine et on le voit travailler avec ses nouveaux collègues dans le centre de recyclage de la communauté.
Bien que le film soit estampillé "comédie", l’idée n’est pas de rire, mais plutôt de sourire autour de situations cocasses et de dialogues décalés. Sensible, poétique et amusant, I feel good offre des nombreux moments attendrissants, souvent anodins mais révélateurs d’une certaine réalité. Plus que la forme, nous avons surtout aimé le fond avec des réflexions sur la société d’aujourd’hui autour d’une question centrale: "A-t-on besoin d’être riche alors qu’on peut être heureux beaucoup plus simplement?" "Ce que le film essaye de dire, c’est qu’il y a peut-être une voie possible à travers ces groupuscules humains qui s’aiment et se respectent, à l’instar de la communauté Emmaüs", assure Benoît Delépine.
Géry BRUSSELMANS

