La figure de l’ange, un avant-goût de Dieu


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La figure de l’ange, un avant-goût de Dieu
L'ange au sourire de la cathédrale de Reims
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
6 min

L'ange au sourire de la cathédrale de Reims

A l'occasion de la réédition de son volume Les anges et les démons, présenté récemment à Rome, le prêtre dominicain Serge-Thomas Bonino rappelle les fondements théologiques de ces figures dévoyées par notre époque contemporaine.

Après avoir pâti du rejet du religieux qui a caractérisé l’époque moderne occidentale, les anges semblent avoir fait leur grand retour, cette fois sous l’étendard d'une métaphysique postmoderne et de sa cohorte de courants spirituels souvent dénués de fondements théologiques solides. "J'ai dîné avec mon ange gardien", "Ce que les anges veulent que vous sachiez", "Un ange pour chaque jour de l'année" sont autant de thèmes qui figurent aux premières places des moteurs de recherche, et à l'égard desquels le père Serge-Thomas Bonino – doyen de la faculté de philosophie de l’Université pontificale Saint-Thomas d’Aquin de Rome (Angelicum) et secrétaire de la Commission théologique internationale – ne cache pas sa perplexité. Ce dernier a présenté la deuxième édition revue et augmentée de son ouvrage Les anges et les démons. Quatorze leçons de théologie lors d'une conférence organisée à l'Institut français de Rome en février sur le thème "A quoi bon les anges?". A cette occasion, le prêtre dominicain a décrit le phénomène de la disparition de l'angélologie des cercles de réflexion philosophique et théologique, et celui de sa réapparition dans des courants spirituels tels que le 'New Age', comme deux symptômes d'un processus général de désenchantement du monde.

Une présence indispensable à la vie des chrétiens

Si l'intervention angélique était considérée comme étant absolument nécessaire jusqu'à la Renaissance, la croyance en nos compagnons célestes n'a en effet plus rien d'évident dans la société contemporaine. Pourtant, leur présence est indispensable à la vie du chrétien. Une anecdote du père Jean Derobert, l'un des fils spirituels du padre Pio, selon lequel le futur saint lui aurait un jour administré une grande gifle pour avoir mis en doute l'existence des anges gardiens, est là pour nous le rappeler. La nécessité de les invoquer s'inscrit en effet directement dans la liturgie, comme l'a souligné le préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la discipline des sacrements, le cardinal Robert Sarah, qui a introduit la rencontre. En égrenant les nombreux récits bibliques, prières et légendes qui jalonnent le calendrier liturgique, ce dernier a mis en évidence le rôle central des anges dans la louange: des "Quatre vivants" ailés cités au livre de l'Apocalypse, à la Jérusalem céleste de saint Augustin, peuplée d'anges citoyens, jusqu'à la règle de saint Benoît ("Je te chanterai en présence des anges"), les membres de la cour céleste semblent résolument les intermédiaires incontournables entre les mondes terrestre et céleste. Ainsi l'homme, à la manière du 'petit rossignol' qui apprend à chanter avec les plus grands, est appelé à devenir, au contact de l'ange, "un grand chantre de l'amour divin".

Rester dans le giron de l'Eglise

Il convient néanmoins de veiller à ce que l'angélologie ne quitte pas le giron de l'Eglise, sans laquelle la figure angélique est abandonnée à une conception non-catholique qui voudrait en faire "une arme d'appoint" chargée de satisfaire tous nos désirs personnels, a mis en garde le père Bonino en concluant son intervention. Cet appel à la rationalisation du discours sur l'ange, dont le christianisme nous offre la clé, est assorti d'une invitation simple à contempler la splendeur de ces créatures qui "nous offrent un avant-goût de Dieu", en gardant à l'esprit que cette contemplation ne doit pas avoir d'autre but qu'elle-même.

Solène TADIÉ

- Interview de Serge-Thomas Bonino

Serge-Thomas Bonino o.p.

Les anges sont particulièrement visés par les dérives spirituelles postmodernes qui tendent à déformer la conception métaphysique chrétienne du monde. Comment un chrétien doit-il vivre son rapport aux anges, conformément à l'enseignement de l'Eglise?

Il existe une grande tradition de prière chrétienne à l’ange, en particulier une belle dévotion à l’ange gardien, qui est une manière de rendre concrète la foi en l’amour provident de Dieu pour nous. En nous soutenant les uns les autres dans l’existence chrétienne, dans la communion des saints, on s’associe à ces êtres mystérieux, invisibles, dont nous croyons par la foi qu’ils nous entourent et que, tout comme nos frères et sœurs dans la foi, ils nous soutiennent et nous éclairent. C’est donc à partir de cette expérience que l’on peut transposer ce soutien au monde invisible, aux anges qui nous accompagnent sur notre chemin, car là est l’idée principale. Du point de vue chrétien, je penserais par exemple au livre de Tobie dans l’Ancien Testament, où l’on raconte comment l’archange Raphaël a accompagné le jeune homme durant son voyage vers Ecbatane. Ce récit demeure un beau modèle, qui vient nous rappeler que nous sommes toujours accompagnés sur notre chemin par nos compagnons invisibles.

Vous mettez en garde contre la tentation de penser que l'ange serait là pour résoudre tous nos petits tracas du quotidien...

Il ne faut pas que la dévotion aux anges prenne le pas sur l’essentiel de la foi chrétienne, qui est la relation au Seigneur Jésus Christ. Or, tant que la dévotion aux anges reste subordonnée à la dévotion au Christ, à la Vierge Marie, elle est juste. Au contraire, quand celle-ci devient une obsession et qu’en définitive, l’on a de relation avec le monde invisible qu’à travers les anges, c’est que quelque chose est devenu faux. Une telle dévotion ne pourra alors que nous détourner de ce qu’il y a de plus important dans la foi chrétienne, à savoir l’amour de Dieu, le service du prochain, etc. Il faut que cette dévotion à l’ange soit mise à sa juste place dans l’ensemble de la foi et de la pratique chrétienne. Nous devons également éviter certains comportements infantilisants à l’égard des anges: il est en effet bon de rappeler qu’ils n’ont rien à voir avec le bon génie d’Aladin tout droit sorti de sa lampe! C’est un être qui est le témoin de la présence de Dieu auprès de nous, et ils ne doivent donc surtout pas nous en détourner.

Les anges ont-ils un pouvoir d’intercession aussi puissant que celui des grands saints?

Tout à fait, les anges ont une double médiation. D’une part, ils nous apportent et nous transmettent la tendresse de Dieu, et font, d’autre part, monter vers Dieu notre prière et intercèdent pour nous. Nous le voyons bien dans l’Ecriture sainte, qui nous indique que les anges montent au-dessus du Fils de l’homme, c’est-à-dire qu’ils font monter nos prières, et redescendent pour nous apporter les bénédictions de Dieu.

Ne pensez-vous pas que l’Eglise devrait se réapproprier pleinement l’angélologie, à une heure où la société semble s’y intéresser de près, sans toutefois en saisir les fondements théologiques?

Absolument. C’est ce qui s’est fait déjà au début du Christianisme, puisque la croyance en un monde d’esprits intermédiaires est quasiment universelle. Nous la retrouvons dans presque toutes les religions et cultures. Le travail du christianisme a été précisément celui d’évangéliser cette croyance, c’est-à-dire de la mettre en rapport avec les grandes vérités de la foi chrétienne. Il s’est agi non seulement de l’évangéliser, mais aussi de la rationaliser, puisque foi et raison vont de pair dans le christianisme, faisant en sorte que cela soit une croyance adulte et non infantilisante. Il serait bon de se réapproprier la spiritualité des anges, à condition que celle-ci soit porteuse de réalité et qu'elle nous conduise à la foi en Dieu et à la remise de soi au Christ. Il est vrai, néanmoins, que cela peut constituer un bon angle d’attaque pour évangéliser ou réévangéliser une certaine mentalité contemporaine.

Propos recueillis par Solène TADIÉ

Serge-Thomas Bonino, "Les anges et les démons. Quatorze leçons de théologie". Ed. Parole et Silence, 2018, 351 pages

Catégorie : L'actu

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