Déjà porté au cinéma dans les années 60 par Jeanne Moreau, Eva renaît sous les traits d’Isabelle Huppert. Ce polar glacial et lent est signé Benoît Jacquot.
Les amateurs de cinéma français attendent ce film avec impatience. En 1962, le réalisateur Joseph Losey adaptait, en effet brillamment, ce roman signé James Hadley Chase, paru dans les années 40 dans la collection Série noire. Eva est surtout l’un des films les plus emblématiques de la carrière de Jeanne Moreau. Cette seconde adaptation au grand écran n’a pas à rougir côté casting, puisque c’est Isabelle Huppert qui prend les traits d’Eva. L’actrice s’entoure de partenaires de jeu de renom à l’instar de Richard Berry et d’un certain Gaspard Ulliel, mis en lumière dans son rôle d’Yves Saint-Laurent dans le film éponyme.
Tout démarre dans l’appartement parisien d’un auteur de pièces assez âgé. Ce dernier s’octroie régulièrement les services de Bertrand, jeune gigolo incarné par Gaspard Ulliel. Le vieil homme meurt d’une crise cardiaque dans son bain et, plutôt que d’appeler la police, Bertrand dérobe le scénario de sa nouvelle pièce intitulée Mot de passe. Quelques années plus tard, il est l’un des auteurs de théâtre les plus reconnus de sa génération grâce à une pièce qu’il n’a pas écrite! Mais son passé le rattrape lorsque son producteur, incarné par Richard Berry, lui demande d’écrire une nouvelle pièce. Heureusement, Bertrand croise sur sa route une prostituée plus âgée répondant au doux nom de… Eva. En adaptant ce scénario alambiqué et ingénieux, le réalisateur Benoît Jacquot reste fidèle aux codes du polar mais s’autorise des libertés, tant sur la trame que sur la psychologie des personnages.
Tout en sobriété
Ainsi, l’intrigue n’a plus lieu à Venise et à Rome, comme dans le film porté par Jeanne Moreau, elle prend place dans le paysage montagneux de la Haute-Savoie et du lac d’Annecy. Une façon pour Benoît Jacquot de construire sa propre dramaturgie et de faire du paysage un acteur central de la trame.
Disons le tout de go: cette réinterprétation n’égale pas l’original. A force de vouloir installer une ambiance, de jouer sur les symboliques et de cultiver un mystère autour des intentions des personnages, le réalisateur s’enfonce dans une certaine lenteur et oublie d’apporter le piment indispensable à tout bon polar. Le style de Benoît Jacquot, qui a coécrit le scénario, tient ici dans une certaine sobriété, l’absence de scènes explicites et des vues en caméra subjective pour que le spectateur s’identifie aux personnages. On parlera plutôt d’un polar classique, que certains iront voir pour la comparaison avec l’original. D’autres se déplaceront pour la toujours aussi formidable Isabelle Huppert dans la peau d’une prostituée âgée. A noter qu’avec Eva, Isabelle Huppert signe sa sixième collaboration avec Benoît Jacquot (elle avait notamment joué dans Villa Amalia). Si vous préférez patienter avant de retrouver Isabelle Huppert, notez déjà le 4 avril prochain dans votre agenda. Elle jouera Madame Hyde, une comédie fantastique avec Romain Duris.
Géry BRUSSELMANS

