Le bilan du pape François : « Je n’ai pas négocié la vérité »


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Le bilan du pape François : « Je n’ai pas négocié la vérité »
Par Sophie Delhalle
Publié le - Modifié le
4 min

La question délicate des Rohingyas, le risque de destruction lié aux armes nucléaires, les relations avec la Chine, tels sont les grands thèmes de la conférence de presse que le pape François a donnée dans l’avion qui le ramenait de Dacca (Bangladesh), le 2 décembre 2017.

Au terme de son 21e voyage apostolique, le pape s’est entretenu dans l'avion avec les journalistes durant une heure. Il a été interrogé sur son silence sur le nom « Rohingya », minorité musulmane persécutée, lors de son étape en Birmanie. Un silence qu’il a rompu au Bangladesh le 1er décembre. « Ce n’est pas la première fois, a-t-il rappelé, que j’ai prononcé en public ce mot ». Mais « pour moi, il était plus important que le message passe ». Le gouvernement birman a interdit l’utilisation du terme et a également demandé à la communauté diplomatique de ne pas l’utiliser. Dans le chef du pape, il y avait surtout cette insistance, lors de toutes ses interventions publiques, sur l’importance cruciale que représente le dialogue interreligieux. Mettant en garde contre les dénonciations trop agressives qui ferment la porte aux échanges, le pape a confié sa « satisfaction » d’avoir dialogué, d’avoir dit ce qu’il pensait. L'essentiel était que le message parvienne à ses interlocuteurs, mission accomplie selon le pape.

Rohingyas: "Je n’ai pas négocié la vérité"

Le souverain Pontife a évoqué sa rencontre avec le chef des armées birmanes, le général Min Aung Hlaing, le 27 novembre, au premier jour de son étape dans le pays : « Dans le cas de ce général, il m’a demandé de parler : je l’ai reçu. Je ne ferme jamais la porte… En parlant on ne perd rien, on gagne toujours. Ça a été une belle conversation. Je ne peux pas donner les détails car c’était un échange privé. Mais je n’ai pas négocié la vérité, je vous assure… et là aussi, le message est parvenu. »

De ses rencontres avec les autorités birmanes, le pape en a déduit qu’il « ne sera pas facile d’avancer dans un développement positif et qu’il ne sera pas facile … de faire marche arrière ». Quant au risque de récupération des Rohingyas par des groupes terroristes, le pape a souligné qu’ils étaient « des gens de paix » mais qu’il « y a toujours un groupe fondamentaliste, dans toutes les religions et les ethnies . Le rencontre au Bangladesh avec des réfugiés rohingyas fut incontestablement l'un, si pas le moment fort de ce 21e voyage apostolique. Chacun a pu confier quelques mots au Pape et raconter les épreuves vécues.

Le pape a d'ailleurs relaté sa rencontre avec seize réfugiés Rohingyas, devant lesquels il a affirmé : « La présence de Dieu, aujourd’hui, s’appelle aussi Rohingya ». Certains leur avaient conseillé de se contenter de saluer le pape, sans parler : « Le moment est arrivé pour eux de venir me saluer… en file indienne… On voulait tout de suite les chasser de la scène et je me suis énervé… Je suis pécheur et j’ai répété “respect, respect” et ils sont restés là. Après les avoir entendus un par un avec l’interprète… je me suis dit : je ne peux pas les laisser partir sans une parole ... et j’ai commencé à parler… A ce moment-là je pleurais, je cherchais à ne pas le montrer. Ils pleuraient aussi. » Prenant ainsi la parole de manière improvisée, il n’a pas hésité à demander pardon pour tout le mal et l’indifférence dont sont l’objet les Rohingyas. Des paroles qui ont eu un écho important au Bangladesh qui doit supporter seul le poids de cette crise, mais aussi bien au-delà. Puis le pape a proposé de prier avec les Rohingyas et les représentants religieux présents à la rencontre, côte à côte.

Le nucléaire ou le risque de détruire l'humanité

Au fil de cette conférence de presse, le pape s’est arrêté sur la question des armes nucléaires, faisant observer que « nous sommes à la limite de la licéité d’avoir et d’utiliser les armes nucléaires. Parce qu’aujourd’hui, avec l’arsenal nucléaire si sophistiqué, on risque la destruction de l’humanité ou au moins d’une grande partie de l’humanité ». « Aujourd’hui, s’est-il demandé, est-il licite de garder les arsenaux nucléaires comme ils sont ou bien n’est-il par nécessaire de faire marche arrière pour sauver la création, pour sauver l’humanité ? »

Un visa pour la Chine?

Le pape François devrait se rendre en Inde en 2018, déplacement qui était prévu en 2017 mais n’a pu se faire. Quant à un voyage en Chine, il « n’est pas en préparation », a-t-il assuré. « J’aimerais beaucoup (y aller). Ce n’est pas un secret. »

Et de s'exprimer sur les relations actuelles entre Pékin et le Saint-Siège : « Les pourparlers avec la Chine sont de haut niveau culturel… il y a des relations culturelles, scientifiques, des prêtres qui enseignent à l’Université d’Etat chinoise… Puis il y a le dialogue politique, surtout pour l’Eglise chinoise, avec cette histoire de l’Eglise patriotique et de l’Eglise clandestine, qui demande d’aller pas à pas, avec délicatesse, comme on est en train de le faire. "

S.D. avec Zenit et Radio Vatican


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