Visite du pape à Bologne


Partager
Visite du pape à Bologne
Par Sophie Delhalle
Publié le - Modifié le
5 min

Dimanche 1er octobre 2017, lors sa visite à Bologne, le pape François a appelé à ne pas placer la "logique du profit" avant la solidarité.

Le pape François s'est rendu en visite pastorale à Bologne à l'occasion du Congrès eucharistique diocésain. Auparavant, le pape s'était rendu à Cesena, à l’occasion des 300 ans de la naissance du pape Pie VI, où il a rencontré les habitants sur la Piazza del Popolo, puis des représentants du clergé, des jeunes et des familles dans la cathédrale.

A son arrivée à Bologne, le pape a été accueilli par Mgr Matteo Maria Zuppi, l'archevêque de la ville très engagé auprès des plus pauvres et des migrants, Stefano Bonaccini, président de la région d’Emilie-Romagne, Matteo Piantedosi, préfet de Bologne, ainsi que le maire, Virginio Merola.

Devant les délégués du monde du travail, les chômeurs, les représentants d'entreprise, de syndicats et de coopératives réunis sur la Piazza Maggiore, le souverain pontife a qualifié la crise économique d'éthique, spirituelle et humaine. Pour le pape, à sa racine se trouve "une trahison du bien commun" tant par les individus que par les groupes de pouvoir. Pour lutter contre cette tendance destructrice, le pape a exhorté les fidèles présents à ne jamais placer " la logique du profit avant la solidarité ", au risque de "voler" cette dernière aux plus fragiles. "Chercher une société plus juste n'est pas un rêve du passé mais un engagement qui a besoin aujourd'hui de tous", a-t-il expliqué aux Bolognais. Le pape a également affirmé "qu’il n’y a qu’ensemble qu’il est possible de bâtir un futur".

Avec ses 390 000 habitants, Bologne est une des principales villes d’Italie, la troisième en termes de croissance économique, après Rome et Milan. La ville connaît cependant, depuis la crise économique de 2008, une croissance du nombre de chômeurs.

Une charité à double sens

Le pape François a participé à un déjeuner avec des personnes en situation de pauvreté dans la basilique de San Petronio. "La charité n’est jamais à sens unique", leur a-t-il déclaré, chacun donne et reçoit quelque chose.

Ce "pain d’amour que nous partageons, portez-le, vous aussi, à d’autres", a incité François: offrir de la sympathie et de l’amitié, c’est l’engagement que "nous pouvons tous prendre". Après le repas, le pape a prononcé un discours improvisé devant les prêtres, religieux, et séminaristes du diocèse.

Parmi les délégations saluées par le souverain pontife, plusieurs parents et familles des victimes de l’attentat de la gare de Bologne, le 2 août 1980. Cet attentat du "terrorisme noir", le plus meurtrier des "années de plomb" en Italie, fut l’œuvre d’un groupuscule fasciste d’extrême-droite. Il fit quatre-vingt cinq morts et quelques 200 blessés.

Auprès des migrants

A Bologne, le pape a aussi rencontré les réfugiés dans un ‘hub’ régional de migrants débarqués sur les côtes italiennes.

"L’intégration des migrants commence par la connaissance", a alors affirmé le pape François qui, après avoir passé une heure en leur compagnie. "Sans la miséricorde, l’autre reste un étranger, voire un ennemi", a-t-il déploré.

Le pape François a ensuite appelé à ce que de nombreux pays adoptent des programmes en faveur de l’accueil des migrants et ouvrent des couloirs humanitaires. "De telles mesures permettraient d’éviter des attentes insupportables", a-t-il considéré. Bologne a été la première ville d’Europe à libérer ses esclaves, a expliqué François, faisant référence au Liber Paradisus, un texte de loi adopté par la cité en 1256.

Dans son discours, le pape a demandé un instant de silence et de prière pour les réfugiés disparus en mer avant de rejoindre l'Europe.

Auprès des étudiants

"Je rêve d'une Europe universitaire et mère", a affirmé le pape François devant les étudiants réunis pour l'écouter. "Une Europe qui sème l'espérance à ses fils et soit un instrument de paix", a t-il ajouté.

Fondée en 1088, l'Université de Bologne est considérée comme la plus ancienne université européenne. Elle a été à la fois la première institution à utiliser le terme d’université (en latin universitas) et la première à être reconnue par le pape. Sa devise est: "Saint Pierre est partout le père des lois, Bologne en est la mère". L'Université de Bologne compte plus de 100 000 étudiants (un quart de la population de la ville de Bologne) et presque 3 000 professeurs.

Le pape a proposé aux étudiants de faire la promotion de trois droits fondamentaux : un droit à la culture, à l’espérance et à la paix. "Ne croyez pas ceux qui vous disent que lutter pour cela est inutile et que rien ne changera", a-t-il déclaré. Le pontife a encouragé les étudiants à rêver en grand. "Les vrais rêves", a-t-il expliqué, se font les "yeux ouverts et se portent à la lumière du soleil". Pour le pape, le droit à l’espérance nous aide à ne pas nous laisser envahir par la rhétorique de la peur et de la haine. François a ainsi confié son souhait de voir les universités devenir des "chantiers d’espérance", où l’on travaille à un futur meilleur. Le souverain pontife a enfin demandé à ce que soit appliqué un droit à la paix et appelé à "répudier la guerre" en citant la constitution italienne.

"Le Seigneur cherche les purs de cœurs, non les purs de l’extérieur"

Lors de la messe qu’il a présidée dans le stade Renato dall’Ara de Bologne, en présence de milliers de fidèles, le pape s’est longuement attardé sur l’Evangile du jour, celui de la Parabole des deux fils. A l’aune de ces exemples, deux parcours se présentent à nous : celui du «pécheur en chemin», à l’image du premier fils, «qui reste à l’écoute du Seigneur, qui peut tomber mais se repentir et se relever», ou bien celui du «pécheur assis», "hypocrite", toujours prompt à se justifier, selon ce qui lui convient, a expliqué François. Il a également affirmé qu'il "n’existe pas de vie chrétienne faite d’arrangements, scientifiquement construite, où il suffit de s’acquitter de quelques règles pour tranquilliser sa conscience».

Le Pape a fait mention des «trois points de référence», «trois aliments de base» pour la vie, les" trois P" : la Parole, le Pain et les Pauvres. La parole comme «boussole pour marcher humblement" et ne pas "perdre le chemin de dieu" , le Pain eucharistique, parce que «tout commence de l’Eucharistie», et enfin les Pauvres, ceux qui manquent de pain, mais aussi ceux qui manquent d’affection, les pauvres de Dieu.

S.D. avec cath.ch et radio Vatican


Dans la même catégorie