En ce mois anniversaire des 500 ans des thèses publiées par Martin Luther, la Maison Erasme met en scène un face à face improbable entre les deux théologiens, rendant perceptibles, par des extraits choisis, la proximité et l'impossible dialogue entre leurs conceptions.
Le point commun entre les deux érudits repose sur une vision humaniste des connaissances, qui les incite à se pencher sur les textes antiques. Tandis qu'Erasme atermoie, par peur d'une rupture irrémédiable, Luther refusera le moindre compromis.
Deux ans et demi de préparation ont été nécessaires à la réalisation de l'exposition "Erasme, réformateur?", magnifiquement présentée dans la maison dédiée à l'érudit. Les amateurs de beaux livres se réjouiront de contempler des imprimés anciens, livres censurés et autres pièces précieuses. L'atmosphère des lieux est propice à ce type de réalisation, puisque la quiétude habite les pièces confinées dans l'obscurité, pour préserver les papiers anciens. Edité pour la circonstance, le guide du visiteur est un bijou dans sa conception. Il suit les quatre étapes majeures de la visite dans le musée d'Anderlecht. La progression est rythmée par les quatre pièces maîtresses de la maison. Vient d'abord le temps des réformes, avec notamment des indulgences originales et, en vis-à-vis, les 95 thèses défendues par Martin Luther. Ensuite, dans le cabinet de travail, se trouve une copie du manuscrit de Lorenzo Valla, dont la découverte fut capitale dans le parcours d'Erasme, puisqu'elle l'incita à revenir à la source grecque du Nouveau Testament. Après, place à l'histoire biblique avec des fragments sur papyrus et des Bibles annotées et illustrées d'une grande beauté. A côté de cette collection inédite, se trouvent également des psautiers et des livres d'heures médiévaux. Enfin, la salle des fresques montre les ripostes de Luther et d'Erasme, lors de leurs altercations par écrits interposés. La mise à l'index d'Erasme et la bulle papale qui excommunie Luther figurent également parmi les ouvrages retrouvés.
Un croisement des sources fécond
Opérer une sélection de textes n'est pas une démarche anodine, comme le rappelle Paola Moreno, professeur à l'Université de Liège. Le choix procure à la fois "une occasion d'exercer librement notre pensée et un efficace remède contre le conformisme, qui ne fait pas défaut dans notre société". Peu répandue par les temps qui courent, la valorisation des textes anciens tient au cœur de la commissaire de l'exposition… elle-même romaniste. Hélène Haug souligne les deux fils qui ont guidé la conception de l'exposition: "la réforme et le travail d'Erasme comme philologue. Il s'agit de souligner la pertinence du travail d'Erasme pour notre temps". En posant la question de savoir si Erasme est ou non un réformateur, acquis à la réforme de Luther lui-même, l'exposition met à nu l'embarras qui a entouré les prises de position de l'érudit. Par son refus de condamner officiellement Luther, "l'humaniste temporise. Il n'est pas convaincu par les méthodes violentes de la répression". Et puis, lui aussi a osé revoir et corriger la traduction du Nouveau Testament… Au-delà des différends, Erasme considère que "c'est l'unité et la paix qu'il faut à tout prix restaurer. Il y voit trois conditions: cultiver l'esprit chrétien de douceur et de charité (au lieu des violences exercées contre les hérétiques), en revenir à une foi simple, loin des disputes creuses des théologiens scolastiques, enfin, réformer la vie et les mœurs chrétiennes, sur le modèle de l'Eglise primitive". Une exposition temporaire à recommander sans hésitation! La visite sera l'occasion de (re)découvrir un musée au charme désuet et des jardins aménagés avec goût…
Angélique TASIAUX
L'expo est accessible jusqu'au 7 janvier 2018. L'entrée du musée est au prix symbolique d'1,25€. Infos: https://www.erasmushouse.museum – tél. 02. 521 13 83



