Roman : Un hymne au dialogue


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Roman : Un hymne au dialogue
Par Angélique Tasiaux
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
3 min

Jerusalem (c) CathoBelC'est sous le titre concis et interpellant de "Judas" que l'auteur israélien Amos Oz a choisi de publier un roman dont on parle beaucoup en cette rentrée littéraire. Le disciple renégat donne ainsi le ton à ce récit qui plonge le lecteur dans un pays déchiré, dix ans après sa création.

Le personnage central ressemble à un anti-héros, maladroit, distrait, bavard à l'excès… Tous les attributs du garçon empoté semblent l'habiter. A court de ressources financières, Shmuel Asch renonce à ses études et se lance tête baissée dans un emploi de garde-malade. Invalide et âgé, Gershom Wald est un érudit auquel il convient de faire la conversation quelques heures chaque jour, en échange du gite et du couvert. A priori peu éreintante, la tâche semble propice à l'isolement et à la réflexion, des conditions somme toute idéales pour compléter la rédaction des notes de l'ancien étudiant. Car Shmuel Asch s'est lancé dans l'étude de Jésus à travers la tradition juive. Passionné, le jeune intellectuel poursuit une quête qui le conduit à envisager le rôle de Judas sous un angle différent et révolutionnaire, voyant carrément en l'adepte enflammé "le fondateur de la religion chrétienne".

La force d'attraction du passé

Une histoire d'amour étrange traverse ces pages, entre Atalia, la bru du vieillard, et Shmuel, celui qu'elle nomme le "vieil enfant". Hantés par le passé, ils sont tous deux traversés par des fantômes dans la ville de Jérusalem endormie. "En somme, les Juifs forment ici un immense camp de réfugiés. Pareil pour les Arabes. Ils revivent jour après jour le drame de leur défaite, et les Juifs vivent nuit après nuit dans la peur qu'ils se vengent." Et l'auteur Amos Oz de décrire les combats qui gangrènent la société israélienne, taraudée entre un besoin de protection et des rêves de paix avec ses voisins belligérants. Ces deux aspirations antinomiques se trouvent scellées dans la création de l'Etat sioniste en 1948, comme le découvre Shmuel Asch dans la lecture minutieuse des archives liées à ces années-là et surtout dans des échanges nourris et francs. Car il déploie de véritables joutes verbales avec les habitants de la maison noyée dans les souvenirs et la mémoire de deux habitants disparus, le premier assassiné et le second abandonné comme un paria. Ce texte qui a pour cadre la fin des années 50 demeure d'actualité, tant les conflits déchirent encore les habitants d'Israël. "Sans la paix, les Arabes finiront par l'emporter un jour ou l'autre (…) C'est une question de temps et de patience. De temps, les Arabes en ont à revendre et leur patience est infinie", prédit Shmuel Asch. Passeur de paix, Oz rêve d'un monde pacifié, loin de la violence et de la vengeance qui gangrènent les relations entre les peuples et les confessions religieuses. La force du roman tient précisément à façonner des visages, tantôt réels, tantôts imaginaires pour porter ce message crédible: "la voix d'un compromis historique entre les deux nations vivant dans ce pays n'était pas définitivement exclue".

Angélique TASIAUX

Amos OZ, "Judas". Editions Gallimard, 351 pages, août 2016.

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Catégorie : Culture

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