Quelques semaines après l’assassinat du père Jacques Hamel, Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen, a ému l’assemblée à l’ouverture de la rencontre interreligieuse « Soif de Paix » à Assise. L’archevêque avait mis une photo devant lui du prêtre assassiné fin juillet à la fin de la messe, par deux jeunes hommes se réclamant de leur foi musulmane, avant de demander « la grâce de continuer le chemin du dialogue, un dialogue qui soit plus fort et plus vrai, plus intérieur ».
« Par l’intercession de Saint François et du père Jacques Hamel », priait Mgr Lebrun, « je demande la grâce du pardon. Pardonner les assassins ? Ce n’est pas si difficile de pardonner deux assassins, mais ceux qui les commanditent, les encouragent, les approuvent, cela est plus rude. Que la Parole de Jésus s’accomplisse : ‘Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font’ (Lc 23;34). »
Par rapport aux responsables de Daesh tués par des bombardements, l’archevêque se demandait quelle était sa pensée: « Ouf, en voilà quelques-uns d’éliminés ? Mais que va-t-il se passer pour eux en paraissant devant Dieu ? Suis-je capable de prier pour leur salut, de les aimer ? Je demande la grâce de les aimer comme des frères, c’est à dire de désirer les retrouver dans le Royaume des Cieux. Que la Parole de Jésus nous stimule : ‘Moi, je vous dis : aimez vos ennemis’ (Mt 5;44) ».
Le père Jacques est bienheureux, a dit le Pape François. Mais il n’est pas encore béatifié. Mgr Dominique Lebrun reçoit déjà des réactions qui l’incitent à demander la dispense des cinq ans prévu par le droit canon pour entamer un procès de béatification. « Je demande la grâce que la reconnaissance du martyr ne soit pas une bannière levée pour combattre et condamner », disait-il, « mais la joie de rendre grâce pour le don d’un prêtre qui a donné sa vie comme le Christ. »
Enfin, l’archevêque de Rouen demandait aussi la grâce d’un dialogue en vérité avec les musulmans, non sans oublier de souligner « la visite rendue par de nombreux musulmans à nos assemblées dominicales le dimanche 31 juillet. C’était bien une famille rendant visite à une famille en deuil, et cela est bon. Nous sommes de la même famille humaine, promis donc à la même famille divine. »
Dans la vie sociale et familiale, tout est donc compatible entre nos religions. Mais Mgr Dominique Lebrun aimerait aussi « interroger davantage et avec un infini respect ce qu’ils appellent leur soumission à un Dieu qui est au-dessus de l’humanité. Ce qu’ils perçoivent de Dieu n’est-il pas d’un tel absolu que toute réalité, même la vie humaine, n’aurait guère d’importance en comparaison ? Je voudrais, en même temps, témoigner de ma foi en Dieu qui s’est fait homme en Jésus : il est entré dans l’humanité, et ainsi dans ses limites. Quel beau mystère qui élève l’homme à la dignité divine et qui, en même temps, se mêle à son histoire chaotique. »
Benoit Lannoo, en direct d'Assise

