Risque d’embrasement génocidaire au Burundi


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Risque d’embrasement génocidaire au Burundi
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
3 min


Maggy Barankitse - Louis MichelLors d’une conférence « Burundi, rester debout » donnée à Louvain-La-Neuve en présence de Maggy Barankitse, Louis Michel a souligné le risque de génocide et appelé à mettre en place une force d’interposition internationale. Il y a urgence.

17 décembre, l’auditoire de l’Aula Magna est plein à craquer pour soutenir Maggy Barankitse, dans son combat pour la paix. L’heure est grave, la médiation demandée à un -autre- dictateur, Museveni, le président ougandais, semble avoir fait long feu. Les violences ont fait des centaines de morts. Des fosses communes se remplissent, on ne compte plus les arrestations, disparitions...
La fondatrice de la Maison Shalom commence par demander une minute de silence pour toutes les victimes et fait chanter l’hymne national par les centaines de Burundais présents. Françoise Wallemacq, la journaliste RTBF, qui anime le débat et connaît bien le pays, en a les larmes aux yeux.

Génocide ?

Le député européen Louis Michel ne cache pas son inquiétude face aux signaux – la sémantique du pouvoir - avec le mot travailler par exemple, qui rappelle les prémices des massacres au Rwanda en 1994- comme les actes. Après l’attaque de trois camps militaires le 11 décembre, la police a ciblé et tué aveuglément plus de 150 jeunes dans les quartiers tutsis. Or, « le problème n’est pas ethnique ». Le témoin actif des accords de réconciliation signés à Arusha en 2000 (assurant un certain équilibre Hutus/Tutsis et une alternance au pouvoir) pointe la « non-gouvernance catastrophique » et le « mensonge éhonté » du Président Pierre Nkurunziza dont le troisième mandat viole à la fois l’esprit et les termes des accords. « L’Union Africaine, les organismes régionaux africains et les Nations-Unies doivent réagir. Il faut une force d’interposition pour faire revivre l’esprit des accords, jamais appréciés par Nkurunziza. »

« Un fou » aux commandes

« La question ethnique, c’est lui qui l’a relancée, lui, le despote obscurantiste, ubuesque, prétendument investi par Dieu d’une mission mystique pour son pays, qui passe ses journées à regarder des matches de foot à la TV ». Louis Michel dénonce par ailleurs des « soutiens régionaux inacceptables » (NDLR : la Tanzanie, en particulier) mais assure l’auditoire que Nkurunziza sera jugé un jour pour crimes contre l’humanité. En attendant, « c’est la fuite en avant même s’il n’a rien à gagner d’un génocide ».

Intervention rwandaise pas exclue

« Oui, il y a un risque de génocide. Et ce qui se passe là aujourd’hui risque d’avoir des effets collatéraux dans les pays voisins. Le président rwandais Kagame, dont l’obsession a été de gommer les identités (ethniques) mortifères, m’a dit craindre la contagion. Je ne suis pas sûr qu’il restera passif face à un génocide au Burundi », souligne le député européen.

Lourde inconnue du côté de l’armée

L’armée, majoritairement Tutsi, a fait l’objet d’un brassage, toujours délicat, avec des Hutus. Après le putsch raté en mai, le Président a fait le nettoyage, éliminant tous ceux qui lui étaient hostiles. Par ailleurs, il courtise au max les militaires en les envoyant en mission en Somalie ou ailleurs en Afrique, ce qui rapporte gros. Quelle sera leur attitude demain ? Une inconnue déterminante dans la crise, avec d’autres.
L’Union Africaine va-t-elle se mouiller davantage, comme souhaité par l’ex-commissaire européen, pour mettre hors d’état de nuire Nkurunziza ? Et au niveau des Nations-Unies, la Russie va-t-elle opposer son véto ? Le peuple burundais a les yeux tournés vers nous, la « communauté » internationale.

Béatrice Petit

 

 

 

 

 

 

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