Musée de la photographie : Des images plus vraies que nature


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Musée de la photographie : Des images plus vraies que nature
Par Angélique Tasiaux
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
3 min

(c) Stephan Vanfleteren - Charleroi 2015Visiter le musée de la photographie, c'est se rendre dans un lieu hors du commun, reconnu internationalement. Pour la cinquième année consécutive, il s'est d'ailleurs vu décerner le certificat d'excellence attribué par le site Tripadvisor.

Depuis quelques années, le musée a pris l'habitude de confier une mission photographique à un artiste reconnu. Pour clore ce cycle, place à un artiste belge avec Stephan Vanfleteren, auquel a été confiée la tâche de photographier une ville toute proche, celle de Charleroi. Le résultat est époustouflant pour une expo engagée, avec de grands portraits, aux regards puissants et aux contrastes saisissants. Par-delà ces hommes et ces femmes, c'est la ville de Charleroi qui se trouve l'objet de toutes les attentions, dans un hommage inédit.

Un manifeste audacieux

L'exposition temporaire s'illustre par l'affichage sur un mur du texte rédigé par le photographe flamand. Sincère, authentique, sa plume ne craint pas les interdits ni les susceptibilités politiques. En quelques lignes, l'artiste originaire de Courtrai témoigne de l'attachement particulier qui le lie à la ville honnie, trahie ou blessée par les aprioris. Peu importe, lui se sait habité par cette cité. "Un coup de foudre. Je ne peux décrire autrement ce qui s’est passé quand j’ai découvert Charleroi au début des années 1990. (…) Nulle part ailleurs en Belgique les chiffres ne sont traduits aussi visuellement dans la réalité. On ne lit pas seulement la misère dans la rue, mais aussi sur le visage des gens. Le visage de la pauvreté est pâle, gris, éteint et il a une denture abîmée. Jadis, la silicose était responsable de la faible espérance de vie. De nos jours, ce sont la boisson et la nicotine qui détruisent les corps adultes. (…) J’aime Charleroi. Je l’embrasse sur la bouche malgré son haleine puante, et avec ce travail, j’espère avoir photographié l’ancien testament de la Charleroi socialiste. Un plan d’une ville 'au passé composé'." L'exposition clôture un cycle initié il y a cinq ans, cette mission photographique est "une façon de documenter Charleroi, de donner une dimension artistique à la ville, qui est devenue photogénique", nous précise le directeur du musée, Xavier Canonne. "C'est une image pleine d'espoir. Il y a des gens auxquels on ne donne jamais la parole. Ce sont des résistants. Il y a aussi des visages qui sont le futur de Charleroi." L'engouement des visiteurs confirme l'intérêt d'une démarche artistique qui s'inscrit loin du voyeurisme des habitants, qualifiés par Vanfleteren comme "les plus chaleureux qu'on puisse rencontrer en Belgique", eux qui sont "chaleureux jusqu'au tréfonds de leur âme".

Un lieu extraordinaire

Si le musée de la photographie s'est imposé sur la scène artistique internationale, c'est en raison de la qualité de son fonds et de sa programmation. Mais le site n'est pas non plus pour déplaire aux amateurs d'art. Xavier Canonne retrace la transformation de l'ancien carmel: "l'idée des architectes et de la Communauté française était de faire une rénovation à but muséal sans ôter cette caractéristique qui fut celle d'un carmel. C'est la raison pour laquelle le plan initial a été maintenu avec son cloître, ses couloirs, la chapelle. Tout un ensemble d'éléments qui rappellent plutôt qu'ils ne montrent ce que fut l'histoire de ce carmel il y a plus d'un siècle. Le style d'un bâtiment impose certaines contraintes. Il y a notamment, dans les couloirs ou dans les pièces de l'étage, des contraintes spatiales, qui font qu'on doit jouer avec plutôt que de les contraindre. Un ancien carmel n'est pas fait pour être un musée. Pourtant, on a réussi cette synthèse entre l'ancien et le nouveau. Les espaces de déambulation ont été conservés. Des portes sont devenues des niches. (…) Lorsque l'on se promène dans le bâtiment en fin de journée, c'est un lieu chargé de présences. Ce n'est pas simplement un bâtiment religieux, c'est une ville dans la ville." Un lieu qui laisse son empreinte dans les mémoires.

Angélique TASIAUX

L'expo "Charleroi" est accessible jusqu'au 6 décembre 2015. Musée de la photographie, avenue Paul Pastur, 11 à 6032 Charleroi. Infos: www.museephoto.be


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