Diplomatie : La colombe aux couleurs de la paix


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Diplomatie : La colombe aux couleurs de la paix
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
4 min

logo_sant_egidioLa communauté Sant’Egidio joue souvent un rôle de médiation dans les pays où sévissent des conflits. L’efficacité de la communauté s’est imposée discrètement dans l’arène diplomatique.

Le 14 juillet dernier, une table ronde s’est tenue au Parlement européen. Politiciens, économiste, porte-parole et ambassadeur y étaient réunis à l’appel de la communauté Sant’Egidio pour évoquer la situation de la Centrafrique, un pays où les blessures sont encore vives. Le processus démocratique initié y est très lent; il requiert patience et dialogue, respect et tolérance. Des qualités diplomatiques qui sont le propre des négociations placées sous la houlette de la communauté Sant’Egidio. Le point commun de celles-ci est l’écoute, la confrontation des points de vue en favorisant les échanges entre les interlocuteurs et en donnant la parole aux acteurs locaux, pour qu’ils puissent se retrouver ensemble, en terrain neutre, loin des a priori partisans.

Le rôle joué par Sant’Egidio dans cette "médiation difficile" a été souligné par Louis Michel, qui a mis à disposition de la communauté un hémicycle du Parlement européen, le temps d’une matinée. Pour le ministre d’Etat, "la République Centrafricaine risque de devenir une nation orpheline. Il y a une fatigue par rapport à la RCA qui est due aux crises à répétition et à sa classe politique de piètre qualité." Or, pour organiser les prochaines élections, il faut de l’argent, beaucoup d’argent. Un tel besoin de fonds conséquent et répété lasse les nations donatrices, alors même que "les instances européennes ont déjà financé 530 millions d’euros en deux ans". Grand est le risque "d’instrumentaliser le conflit et qu’il ne devienne un conflit interreligieux". Capture d’écran 2015-09-01 à 10.05.51

Porte-parole de la communauté musulmane, Ibrahim Hassan Frede, a souligné combien les dissensions actuelles ont été suscitées par les responsables politiques. Il s’agit ni plus ni moins d’un "conflit instrumentalisé par les hommes politiques". La population civile se trouve "en danger". Pire, "elle s’entretue". "La politique est venue nous diviser. Nous sommes fatigués." Et de souligner comme "la ville de Bangui est devenue une ville de rumeur", où la violence se propage au gré des bruits ou des colères. Ainsi en est-il de l’interdiction faite aux musulmans d’enterrer leurs morts dans les cimetières de la capitale. "C’est un piège", prévient-il. Pourtant, dans ce tableau sombre, ce musulman confie les rencontres organisées par des citoyens chrétiens et musulmans, en quête de dialogue.

C’est toute une partie de l’Afrique qui n’a "plus le sommeil tranquille", tant les risques d’extension du conflit sont grands, observe un Camerounais présent dans l’assemblée. "Aucune strate de la société n’est épargnée par la misère. Aujourd’hui, la République de Centrafrique est un pays sous tutelle avec 12.000 casques bleus. La communauté internationale prend en charge le paiement des salaires. C’est un pays qui doit renaître. Sa classe politique est le reflet de ses contradictions", commente encore Prosper N’Douba, un ancien ministre reconverti en rédacteur en chef du blog Centrafrique-Presse. Si les tensions sont perceptibles, même dans la salle du Parlement où siège la diaspora, la venue du pape François en novembre prochain réjouit l’ensemble des participants. Car comme le rappelle Mauro Garofalo, de la communauté Sant’Egidio, "le pape commence ses voyages par la périphérie du monde". Et finalement, "l’avenir du pays ne se trouve pas dans son homogénéisation, mais dans le vivre ensemble avec respect et amour."

Angélique TASIAUX

 

Dans les coulisses…

Membre de la communauté Sant’Egidio, Mauro Garofalo revient sur le mode de tractation en usage dans l’organisation.

"Ce n’est pas vraiment une méthode diplomatique, c’est plutôt une méthode humaine. Nous travaillons pour soigner les âmes de la guerre, qui est comme un poison. Il y a bien sûr des questions stratégiques et politiques à résoudre, mais il faut surtout guérir les esprits de la violence. La méthodologie requiert d’abord de la patience. Il n’y a pas de date d’expiration dans les médiations de Sant’Egidio, même si la communauté internationale pose parfois une date limite aux acteurs de la crise. Nous sommes perçus comme des acteurs religieux, des croyants et des bénévoles. Cela nous donne de l’autorité dans la faiblesse, surtout dans les conflits qui ont des connotations interreligieuses. Si vous regardez nos médiations les plus récentes, c’est dans des pays à grande majorité musulmane, comme le Niger, le Mali ou la Guinée. Des organisations musulmanes nous appelent à intervenir. Même dans le cadre compliqué d’une médiation internationale, il y a toujours besoin, à un certain moment, d’un espace hors de la pression des médias, du politique, pour réfléchir aux vraies causes de la guerre, du conflit ou des affrontements. Ce qui se passe à Sant’Egidio est complémentaire, ce n’est pas quelque chose d’avoué du grand cadre de médiation internationale. Chaque pays est différent, a son histoire. A Sant’Egidio, il n’y a pas une structure lourde, mais un effort commun de tous les membres de la communauté pour soutenir la paix. Parfois, il faut demander le soutien de certains Etats ou d’agences internationales, mais le plus souvent c’est la communauté elle-même qui soutient ces initiatives. J’avais 15 ans au lycée quand j’ai commencé à travailler à l’Ecole de la Paix dans les périphéries de Rome. A Sant’Egidio, nous sommes des experts d’humanité, pas forcément de diplomatie! Je suis d’ailleurs archéologue!"

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Catégorie : L'actu

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