“Un visa, une vie” – Des Belges se mobilisent pour des Syriens


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“Un visa, une vie” – Des Belges se mobilisent pour des Syriens
Anne-Laure Losseau à l'aéroport, avec Haïfa
Par Manu Van Lier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
5 min

Anne-Laure Losseau et Haifa (c) Beatrice Petit

Anne-Laure Losseau à l'aéroport, avec Haïfa (c) Beatrice Petit

A l’initiative d’Anne-Laure Losseau, une jeune maman juriste, des citoyens de tous horizons ont permis à deux familles syriennes déplacées, vivant dans des camps de fortune, de faire soigner leur enfant gravement malade ou blessé en Belgique. Sans autre critère que celui de la vulnérabilité. Avec une prise en charge et un accueil chaleureux, à la clé.

Aéroport de Zaventem, mercredi 29 juillet, 22h30, les caméras de télévision, quelques journalistes, et surtout, les piliers – de jeunes mères de famille, des couples, des personnes de tous horizons- de l’extraordinaire réseau de solidarité « un visa, une vie » s’agglutinent autour d’une banderole « Welcome, bienvenue », épiant les arrivées. Leila, amie d’Anne-Laure et Ghazi, le pharmacien d’origine syrienne, attendent, un bouquet de fleurs à la main.

Enfin, Anne-Laure apparaît, tout sourire malgré la fatigue, serrant dans les bras, Haïfa, une fillette de 5 ans, atteinte d’une grave malformation cardiaque, entourée de ses parents et de ses deux frères. Une autre famille marche à leurs côtés, celle de Marwa, six ans, grièvement blessée à la hanche, le pied gauche paralysé suite à un accident de voiture en fuyant un bombardement. Les spots se braquent, les micros se tendent, l’émotion se lit sur les visages…

Ouvrir une voie

" J’ai eu un électrochoc, raconte Anne-Laure Losseau, en voyant l’hiver dernier les images d’enfants syriens mourant de froid dans des camps de toiles ou encore celle de cadavres échouant sur les côtes de notre continent après avoir tenté de fuir l’enfer. Au même moment, dans nos pays, à quelques milliers de kilomètres, nous consacrions beaucoup d’argent et d’énergie aux commémorations de la première guerre mondiale. C’en était trop ! Pourtant, le défis ne manquaient pas pour moi, maman de deux enfants en bas âge, face à un nouveau job d’indépendante après avoir été avocate et juriste.

J’ai donc téléphoné à l’Office des Etrangers : une famille belge pouvait-elle faire venir des Syriens porteurs d’un visa touristique ? Il convenait, m’a-t-on répondu, de donner des garanties quant à une volonté de retour… dans un pays en guerre !!! Il fallait donc imaginer autre chose.

J’ai alors contacté une avocate, qui s’est avérée très engagée et enthousiaste pour le projet. Sur son conseil, j’ai envoyé des appels sur les réseaux sociaux et très vite, les intéressés se sont réunis. Parmi eux, une personne-ressource, Ghazi El Rass, un pharmacien d’origine syrienne, qui fait distribuer de l’aide et a noué des contacts avec un médecin d’hôpital dans une région frontalière de la Turquie. C’est grâce à ce dernier que le choix des bénéficiaires de notre opération se fera.

Le 12 février, en deux heures seulement, nous avions décidé de solliciter un visa humanitaire pour deux familles parmi les plus vulnérables, dont un enfant a un besoin impérieux de soins médicaux. Sans considération politique ni religieuse, c’est important ! Nous avons ensuite lancé un appel à nos amis et connaissances pour nous aider à financer et à réaliser cette aventure.

Interrogée sur ses intentions pour l’avenir, Anne-Laure Losseau poursuit : J’ai voulu agir à mon niveau, avec mes moyens, comme citoyenne belge et européenne. Ce que nous avons fait, nous ne désirons pas le faire à grande échelle. Nous avons simplement ouvert une voie. Notre désir aujourd’hui est de continuer à entourer ces deux familles, veiller sur elles, alimenter le lien. Ces Syriens ne rêvaient pas de venir en Europe, loin de là, mais leur priorité était de pouvoir soigner au plus vite et au mieux leurs enfants, car il y a urgence".

Des anges veillent

A leur arrivée en Belgique, les 12 Syriens sont accueillis chaleureusement. Ils en ont bien besoin… Le Papa d’Haïfa nous racontera plus tard sa peur des caméras à l’aéroport, "peur que les images ne tombent dans les mains du régime".

Le réseau de bénévoles a prévu deux camionnettes pour les accompagner et les conduire jusqu’à leur lieu de résidence vers Forest, où le CPAS local a exceptionnellement mis à leur disposition un logement temporaire.

La lune, presque pleine, se laisse traverser par la nuée au-dessus de Bruxelles. Il fait frisquet. La maman d’Haïfa demande si c’est l’hiver ici.

Arrivée à destination. Dans chacun des deux appartements, les lits sont faits, la nappe sur la table, aussitôt garnie de biscuits au sésame offerts par Ghazi. Olivier, le mari d’Anne-Laure apporte deux vases pour les fleurs. Rien n’a été oublié ! Même pour le petit déjeûner du lendemain. Nadine, qui sert d’interprète bénévole propose d’apporter du thym, des herbes et du pain, comme en Syrie. Quant au café à la cardamone, il est déjà dans l’armoire à côté des provisions de base. La petite Haïfa se recroqueville dans les bras d’Anne-Laure, tendant vers le haut sa main gauche bleuie par une circulation déficiente.

Frontière périlleuse

Le voyage a été mouvementé. Non seulement en Syrie, mais aussi pour pouvoir en sortir via la Turquie voisine. Après avoir longtemps manifesté une certaine indulgence envers les Syriens, les Turcs referment de plus en plus les frontières, n’hésitant pas à faire feu sur ceux qui tentent d’entrer clandestinement. La famille de Marwa a donc dû faire appel à un passeur, se cacher, marcher pendant quatre jours et nuits à travers la montagne, escalader... le père portant souvent trois de ses enfants. Mais ils n’étaient pas encore au bout de leurs peines.

Anne-Laure, partie rejoindre les 12 Syriens en Turquie, raconte le stress des derniers jours: suite à une nouvelle disposition, les réfugiés ont été obligés de retourner à leur point d’entrée dans le pays pour aller chercher une autorisation de quitter le territoire. Une des familles a dû faire 20h de taxi aller-retour, la course avant le départ ! De plus, le temps prévu pour leur correspondance à Istanbul n’était déjà pas suffisant. Espérant gagner du temps, Anne-Laure demande deux voiturettes pour les enfants. Voyant la couleur du visage d’Haïfa et entendant parler de problème cardiaque, on exige une autorisation médicale. Le médecin de service signe, pris de compassion tandis qu’un diplomate turc, rencontré par hasard, aide tout le groupe à passer sans encombre. "A chaque difficulté, c’est comme si un ange veillait sur nous", commente une membre du réseau de solidarité.

Béatrice PETIT - photos © Béatrice Petit


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