Pour les uns, elle est le dernier bastion contre une sécularisation qui fait des ravages dans l’Eglise. D’autres plaident pour un remodelage de structures d’Eglise qui ne sont plus d’actualité. Malgré une pratique dominicale qui reste impressionnante, les chrétiens en région germanophone sont confrontés aux mêmes problèmes qu’ailleurs.
Il y a 50 ans, Liège était le seul diocèse trilingue en Belgique. Mais depuis la création du diocèse de Hasselt en 1967, les deux langues parlées à l’est de la Wallonie sont le français et l’allemand. Les deux groupes linguistiques évoluent-ils de la même façon en ce qui concerne la vie de l’Eglise?
Une région rurale
Pour l’abbé Karl-Heinz Calles, responsable de la formation des adultes en région germanophone, le caractère rural des villages et les aléas de l’histoire ont contribué pour une bonne part au maintien d’une Eglise de chrétienté: "Les différents changements de nationalité au cours du XXe siècle ont fait de l’Eglise un lieu d’appartenance stable et un facteur d’identité pour beaucoup de personnes. Mais cette Eglise de chrétienté est prise actuellement dans les turbulences d’une profonde mutation."
Fina Keifens, déléguée épiscopale pour la région germanophone, fait le même constat: "Il y a effectivement un décalage entre francophones et germanophones au niveau de la pratique. Le christianisme sociologique s’est maintenu plus longtemps chez nous qu’ailleurs. Beaucoup de personnes sont encore catholiques par naissance, par tradition, par une appartenance presque naturelle. Mais ces structures disparaissent tout doucement. La sécularisation se fait sentir par une diminution progressive des pratiquants du dimanche, par une baisse considérable des vocations et par une vraie pénurie de laïcs bien formés dans le domaine de la catéchèse et de la liturgie."
Une Eglise en mutation
Et pourtant, les vacanciers sont souvent frappés par la vitalité des communautés locales. Presque chaque village dispose d’une société de tir, de confréries ou d’une harmonie musicale qui anime les célébrations et les nombreuses processions, notamment à l’occasion de la Fête-Dieu. Les chorales continuent la riche tradition de la musique spirituelle allemande, et même le carnaval a fait son entrée dans les églises avec des liturgies très colorées, s’adressant à tous les âges.
Cette ferveur apparente est certainement authentique, mais elle ne doit pas cacher le fait que l’Eglise, même en région germanophone, est de moins en moins un facteur déterminant de la vie en société. Pour Karl-Heinz Calles, "un des grands défis à l’heure actuelle est la réappropriation de la foi. Il faut passer de la forme au fond, d’une simple appartenance à une religion, à une spiritualité authentique." L’écart entre rite et foi, entre une religion par habitude et une vraie conviction intérieure est alarmant. "On a cru longtemps que les sacrements et la catéchèse préparatoire seraient des voies d’évangélisation", poursuit le prêtre formateur. "Aujourd’hui, on se rend compte que ce calcul est trompeur. Un indice est, parmi d’autres, la pénurie de catéchistes, d’adultes croyants prêts à investir du temps pour partager et transmettre leur foi profonde."
"Seelsorgerat"
Un des instruments pour réfléchir à ce changement de mentalités est le "Seelsorgerat", le conseil pastoral. Créé en 1969 par Mgr Guillaume Van Zuylen, son objectif est de stimuler la réflexion sur l’avenir de l’Eglise en communauté germanophone et de faire le lien avec l’évêque de Liège et son conseil épiscopal. Au sein de ce "parlement" animé par Fina Keifens, prêtres et laïcs s’efforcent de tenir compte en même temps des besoins des catholiques à la base et des orientations pastorales du diocèse. "Au sein de ce conseil, explique Fina Keifens, nous avons créé plusieurs groupes de travail appelés à élaborer des pistes concrètes dans les divers domaines de la pastorale: communication, famille, personnes âgées et malades, liturgie, catéchèse des adultes…"
Dans cette réorganisation, une place importante est réservée au "chantier paroisses", rendu nécessaire par la pénurie des prêtres et des laïcs engagés. Le regroupement de petites communautés en "unités pastorales" a généré des peurs et des résistances, mais il permet aussi un nouveau dynamisme, comme l’exprime Claude Theiss, doyen de l’Eifel depuis 2013: "Nous avons la chance de nous enrichir mutuellement, sans concurrence, si nous nous rencontrons avec bienveillance. Même si cela fait mal de devoir changer notre regard sur la vie de l’Eglise et du prêtre, il y a aussi cette grande chance de donner une nouvelle vie à l’un et à l’autre…"
Ralph Schmeder
Extraits de l'article paru dans Dimanche n° 22 du 7 juin 2015.

