Assimilé tantôt à la dépression, tantôt à un épuisement ou à une souffrance psychique liée au travail, le burnout contamine les entreprises et les foyers et atteint de plus en plus de travailleurs. Aujourd'hui, il est possible de prévenir cette pathologie grâce à un test de prévention dont le taux de réussite avoisine les 100%.
Burnout… le concept est sur toutes les lèvres. On en parle tant dans les milieux de la santé qu'en entreprise, entre amis ou encore à la maison. Pourtant, il continue de véhiculer un certain malaise et les avis concernant les traitements sont bien différents selon qu'on soit psychiatre, psychologue, employeur ou employé.
Le burnout est un processus pathologique qui "touche des motivés, des gens qui ont une certaine ambition, des gens qui s'impliquent dans leur travail", explique le psychiatre et psychothérapeute Alexis Burger. Ce docteur suisse a beaucoup étudié le phénomène du burnout et y a consacré une thèse en 1988. "On y entre de manière tout à fait insidieuse, les gens qui en sont victimes ne s'en rendent pas forcément compte", précise le psychiatre. "Cela commence avec une perte d'intérêt, une distance un peu désagréable qu'on a avec notre travail. On n'a plus de plaisir à travailler. Ensuite, cela devient un peu plus grave, on commence à avoir une aversion pour le travail, on a une frustration par rapport à des mandats qu'on estime ne pas pouvoir réaliser, on commence à se critiquer soi-même. A partir de là, soit on réagit, et on peut tout à fait sortir de ce processus, soit on s'isole et on s'enferme dans un cercle vicieux. On accumule un sentiment de perte de valeurs, d'autocritique, de culpabilité… pour atteindre un état où on n'est plus du tout empathique, on n'a plus d'initiative ni de créativité. Là c'est grave et il devient difficile d'en sortir sans une aide extérieure".
De la flamme au tas de cendres
C'est au médecin newyorkais Freudenberger qu'on doit l'origine du mot "burnout". Alors qu'il regardait un building en flammes, il ne put s'empêcher de comparer l'incendie avec l'enthousiasme qui anime ses patients au début de leur carrière professionnelle. En quelques années, ces mêmes travailleurs ambitieux se retrouvaient "consumés" par leur travail et c'est en "cendres" qu'ils venaient consulter leur médecin.
Dans sa définition du burnout de 1980, le docteur Freudenberger associait cet épuisement professionnel à la dépression. Entre temps, les mentalités et les conditions de travail ont évolué. Aujourd'hui, nombreux sont les professionnels qui travaillent sur la prévention du burnout et qui affirment qu'une personne "épuisée" ne présente pas les mêmes symptômes, et n'a d'ailleurs pas les mêmes comportements, qu'une personne en dépression. La Belge Régine Sponar est de cet avis. Elle est diplômée en psychologie et a développé en 2012 le Preventing Burnout Test dans le cadre du doctorat qu'elle poursuit à l'UCL. Cet outil est avant tout préventif et est utilisé autant dans les entreprises belges qu'auprès de particuliers. Dans le cadre de son travail de recherche, Régine Sponar accompagne "des employés qui sont toujours au travail, mais qui sont épuisés." Ces derniers, ajoute la psychologue, "ont une très forte énergie et se sont dispersés dans du multitâches professionnel et privé. Ils s'épuisent dans des actions sur lesquelles ils ont peu d'impact par manque de pouvoir décisionnel ou par manque de liens équitables dans le relationnel."
La psychologue belge est repartie de la définition de Christina Maslach, psychologue également, qui qualifie le burnout au travail comme un syndrome psychologique qui est une réponse à des stress chroniques liés à l'environnement de travail. L'américaine y associe trois dimensions: l'épuisement émotionnel qui se transforme en épuisement physique, le sentiment de dépersonnalisation, et l'impression d'un manque d'investissement.
Les stress chroniques: au bureau et à la maison
Régine Sponar s'est alors interrogée sur l'identification des stress chroniques. "Il y en a dans la vie privée, la famille pouvant être vécue comme une contrainte ou comme une ressource. Il y en a aussi dans la vie professionnelle, sur le lieu de travail. Je me suis également penchée sur le transport. Qu'il soit effectué en vélo, sur des pistes cyclables sécurisées, ou à pied, le transport peut déjà procurer un bienfait physique qui pourra renforcer l'immunité. Si un travailleur est confronté chaque jour à 45 minutes d'embouteillage et qu'il n'a pas de pouvoir décisionnel au sein de son entreprise, il sera davantage sujet à un stress chronique à long terme."
Après avoir identifié les différents stress chroniques, Régine Sponar les a compilés en un test. Le Preventing Burnout Test est le seul et unique test en matière de prévention du burnout qui fait le lien entre la vie professionnelle et la vie privée du répondant.
Jean-Philippe Mulders, kinésithérapeute de formation, est responsable du bureau d'outplacement et career services de Galilei, une filiale du groupe Randstad. Son équipe travaille sur la sensibilisation et la prévention du burnout et s'est associée au projet de Régine Sponar en parrainant la spinoff dans laquelle la doctorante est titulaire de projet. "Si un employeur RH ou un manager voit un employé qui est "à risque" et qui va vers un burnout, il peut nous contacter et nous demander de faire passer le Preventing Burnout Test à cette personne", explique Jean-Philippe Mulders. Le test est réparti sur quatre séances d'une heure trente espacées de deux semaines. Les deux premières sessions consistent à répondre au questionnaire établi par Régine Sponar. Après avoir identifié les facteurs de stress et de bien-être propres à chaque personne sondée, les accompagnateurs pourront aider les répondants à reprendre leur vie en main en faisant les choix qui leur correspondent. "C'est donc un cumul de différentes sessions au cours desquelles il y a une prise de conscience et des choix à faire par la personne elle-même", insiste le consultant exécutif chez Galilei. "La grande nouveauté dans ce test", ajoute-t-il, "c'est qu'il comprend le milieu privé, en plus du milieu professionnel. Les éléments déclencheurs du burnout proviennent souvent du milieu professionnel, mais il y a extrêmement souvent des facteurs privés qui sont liés. Ce test passe ces différents facteurs en revue et a donc une grand valeur ajoutée." Les résultats sont aussi très encourageants puisque Jean-Philippe Mulders précise encore qu'au niveau des entreprises, le taux de réussite est proche du 100%. "Malheureusement, il faut être lucide, il y a encore tous ceux qui sont dans le déni, qui ne se prennent pas en charge, qui ne viennent pas demander de l'aide et qui continuent à s'écrouler".
Après que les stress chroniques aient été identifiés, il est plus aisé pour les personnes en risque de burnout de se focaliser sur les choses qui ont du sens à leurs yeux. "J'encourage souvent les personnes à se reconnecter avec leur passion", confie Régine Sponar. "Cela fonctionne extrêmement bien auprès des personnes qui entrent dans la cinquantaine et qui viennent d'apprendre qu'elles vont devoir travailler jusque 67 ans. C'est vraiment le moment parfait pour redémarrer une activité et redonner du sens dans la vie," conclut la psychologue.
Propos recueillis par Sophie Timmermans et Manu Van Lier
Retrouvez Régine Sponar et Jean-Philippe Mulders en radio dans l'émission "Il était une foi" du 24 mai 2015, à 19h sur La Première.

