Le SPP Intégration sociale a présenté cette semaine l'Annuaire 2015 de la pauvreté en Belgique. Ce document est utile autant pour les autorités fédérales que pour les acteurs dans le domaine social pour mesurer l’état de la situation de la pauvreté et d’exclusion sociale.
Le chiffre principal mis en valeur par cet annuaire 2015 est le pourcentage de la population belge vivant en dessous du seuil de pauvreté. 15,1% des habitants belges ont moins de 1074 euros par mois (pour une personne isolée) ou 2256 euros/ mois (famille de deux adultes et deux enfants). Ce seuil de pauvreté est calculé comparativement aux revenus des autres habitants du pays. Au sein de ces 15,1% de la population qualifiés de pauvres, quelques 561.000 personnes vivent dans une situation de déprivation matérielle grave: ils n'ont pas les moyens de disposer de biens et services nécessaires. "Ces personnes sont dans l'impossibilité de payer leur loyer ou de payer leurs factures", constate le SPP Intégration sociale. Cette situation de pauvreté touche davantage de célibataires et de parents isolés, que de familles avec les deux parents. Les locataires sont plus concernés que les propriétaires d'un logement.
Le travail a été confié au CeRIS (Centre de Recherche en Inclusion Sociale) de l’Université de Mons en collaboration avec le POS+ (Participation, Opportunities, Structures) de l’Université de Gand et le professeur émérite Jan Vranken pour réaliser cet annuaire 2015 de la pauvreté en Belgique. L'objectif était aussi d'analyser les effets de la politique fédérale sur la situation des Belges. Les conclusions de l'annuaire annoncent : "Suite à la crise économique, la priorité fut de sauver l'euro, reléguant au second plan les politiques sociales. Dans l'Union européenne, les pays ayant reçu des aides pour renflouer leurs économies ont été contraints de s'imposer des restrictions, notamment sur le plan social. Le budget des Etats accorde une importance désormais moindre aux politiques de lutte contre la pauvreté, préférant miser sur l'emploi."
Le SPP Intégration sociale analyse précisément l'effet de la politique du gouvernement Di Rupo 1, dont l'objectif était de protéger les citoyens de l'exclusion sociale. Concrètement, entre 2009 et 2014, "aucune diminution du nombre de personnes en situation de pauvreté n'a pu être constatée." Mais paradoxalement, "les mesures politiques prises par le gouvernement Di Rupo peuvent contribuer à l'augmentation à l'intensification de la pauvreté." L'annuaire 2015 évoque alors l'effet des réformes de l'assurance chômage, avec la limitation de l'allocation d'insertion. L'étude conclut: "Ce sont surtout les isolés qui sont le plus touchés. Après 61 mois de chômage, le risque de pauvreté chez ces personnes est six fois supérieur à ce qu'il était avant la réforme."
L'annuaire 2015 évoque encore les conséquences de la réforme de l'Etat et les CPAS. La plus grande responsabilité des entités fédérées entraîne "une réduction de certains mécanismes de solidarité ou des moyens affectés à certains groupes fragiles de la population." L'étude met notamment le doigt sur la pauvreté des jeunes bruxellois liés aux difficultés de trouver un emploi stable et décent. Les jeunes n'ont presque pas accès à un logement social, en raison des longues listes d'attentes, ils n'ont pas les moyens de recourir à des soins de santé, etc.
Anne-Françoise de Beaudrap

