Dans une déclaration au ton particulièrement ferme, le cardinal Jean-Louis Tauran (photo), président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, appelle à une réaction claire et courageuse des responsables musulmans devant les crimes commis en Irak contre les minorités religieuses.
Jusqu'à présent, aucune des grandes autorités musulmanes qui font référence au niveau mondial, comme l'université al-Azhar (Egypte), n'ont condamné la barbarie de l'Etat islamique. C'est probablement leur relatif silence qui a amené le cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, à lancer cet appel pressant et ferme à tous les chefs religieux. Dans une déclaration rendue publique le 12 août dernier, il leur demande de condamner et de dénoncer, de façon unanime et sans ambiguïté, la barbarie des djihadistes qui sèment le terreur depuis plusieurs mois dans le nord de l'Irak.
Une barbarie sans nom
Le cardinal dénonce alors une série "d'actions criminelles indicibles", dont le seul énoncé donne froid dans le dos: "le massacre de personnes pour le seul motif de leur appartenance religieuse", "la pratique exécrable de la décapitation, de la crucifixion et de la pendaison des cadavres dans les places publiques", le "choix imposé aux chrétiens et aux Yazidis entre la conversion à l'islam, le paiement d'un tribut ou l'exode", "l'expulsion forcée de dizaines de milliers de personnes, parmi lesquelles des enfants, des vieillards, des femmes enceintes et des malades", "l'enlèvement de jeunes filles et de femmes comme butin de guerre", "l'imposition de la pratique barbare de l'infibulation", "la destruction des lieux de culte et des mausolées chrétiens et musulmans"…
"Aucune cause ne saurait justifier une telle barbarie et certainement pas une religion", poursuit le cardinal Tauran. "Il s'agit d'une offense d'une extrême gravité envers l'humanité et envers Dieu." Pour lui, l'absence de condamnation de ces crimes entraînerait une perte de "crédibilité" du "dialogue interreligieux patiemment poursuivi ces dernières années". Tout en remerciant ceux qui ont déjà "élevé leur voix contre le terrorisme", il demande également aux chefs religieux de rappeler à leurs fidèles "que le soutien, le financement et l’armement du terrorisme sont moralement condamnables".
Un ton inhabituel
Le langage ferme du président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux est inhabituel, mais le contexte l'exige. Il correspond aussi aux principes diplomatiques du pape François explicités dans son exhortation apostolique "Evangelii Gaudium". "Une ouverture diplomatique qui dit oui à tout pour éviter les problèmes ne sert à rien, parce qu'elle serait une manière de tromper l'autre et de nier le bien qu'on a reçu comme un don à partager généreusement", peut-on effectivement y lire.
P. A. (avec La Croix et La Vie)
