Famille : l’état des lieux de l’Eglise catholique


Partager
Famille : l’état des lieux de l’Eglise catholique
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
4 min

Federico-LombardiCe jeudi 26 juin, le père Federico Lombardi (photo), directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, a présenté aux journalistes le document de travail qui sera utilisé, en octobre prochain, lors du Synode pour la famille. S'appuyant sur les réponses au questionnaire envoyé aux conférences épiscopales du monde entier, ce texte de 89 pages constitue un véritable état des lieux des nombreux défis que rencontre actuellement la famille.

Le 8 octobre 2013, le pape François a convoqué une assemblée extraordinaire du Synode des évêques sur le thème: "Les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l'évangélisation", qui se tiendra à Rome du 5 au 19 octobre 2014. Durant celui-ci, les pères synodaux évalueront et approfondiront les données, les témoignages et les suggestions envoyées par les Conférences épiscopales du monde entier, en réponse au questionnaire préparatoire de novembre dernier et qui portait sur les évolutions du modèle familial.

Le document de travail (Instrumentum laboris), qui a été présenté à la presse ce jeudi 26 juin, est le résultat de cette large consultation, voulue par le pape François. Le texte – qui compte 89 pages – est structuré en trois parties et offre un panorama mondiale de la famille contemporaine, de ses défis et des réflexions qu'elle suscite.

Une méconnaissance de l'enseignement de l'Eglise

La première partie – intitulée "Communiquer l'Evangile de la famille aujourd'hui" – aborde la question de la connaissance et de l'accueil des données bibliques et des documents du Magistère concernant la famille. Le constat est plutôt accablant: le peuple de Dieu semble avoir généralement une faible connaissance de ces textes, souvent considérés "d'une approche difficile". Et "même quand l'enseignement de l'Eglise sur le mariage et la famille est connu, beaucoup de chrétiens manifestent des difficultés à l'accepter intégralement", surtout en ce qui concerne le contrôle des naissances, le divorce et le remariage, l'homosexualité, le concubinage, la fidélité, les relations avant le mariage, etc. De nombreuses réponses insistent donc sur la nécessité de trouver de nouvelles façons de transmettre les enseignements de l'Eglise sur le mariage et la famille.

Les défis de la pastorale familiale

La deuxième partie traite des diverses propositions de pastorale familiale, des défis qui s'y rapportent et des situations difficiles. "Là où l'institution familiale en tant que telle est en crise", peut-on y lire, "l'idéal de la famille est conçu comme un objectif inaccessible et frustrant, au lieu d'être compris comme l'indication d'un chemin possible, à travers lequel il est possible d'apprendre à vivre sa propre vocation et mission." Et sur ce chemin, "la paroisse et l'Eglise dans son ensemble ne sont pas perçues comme un soutien".

Le document aborde ensuite les situations critiques internes à la famille, comme les difficultés de relation et de communication à l'intérieur du couple, la fragmentation ou désagrégation des familles, les dépendances à l'alcool, aux drogues et à la pornographie, ainsi que l'influence des médias et des réseaux sociaux. Viennent ensuite les pressions externes à la famille, comme l'emprise du travail, la pauvreté, le consumérisme et l'individualisme. Le document aborde même les scandales sexuels à l'intérieur de l'Eglise et les incohérences entre l'enseignement de certains prêtres et leur conduite de vie. "Dans ce sens", peut-on lire, "le besoin se fait sentir d'une pastorale ouverte et positive, capable de redonner confiance en l'institution, par un témoignage crédible de tous ses membres."

"L'Eglise n'est plus un guide moral fiable"

La situation des divorcés remariés civilement, des concubins ou des homosexuels qui vivent en couple sont autant de "situations pastorales difficiles" où "la pastorale familiale, loin de s’enfermer dans une vision légaliste, a pour mission de rappeler la grande vocation à l’amour". "L’Eglise n’est plus un guide moral fiable", comprend le document, mesurant une grande incompréhension à son égard. "La véritable urgence pastorale est de permettre à ces personnes de panser leurs blessures, de guérir et de recommencer à cheminer avec toute la communauté ecclésiale", estime le document de travail, qui note l'absence dans les diocèses d'un service d'assistance spécifique pour ces personnes.

Encourager une mentalité ouverte à la vie

Enfin, la troisième partie a trait à l'ouverture à la vie et à la responsabilité éducative. Concernant la contraception, "toutes les réponses tendent à souligner que les difficultés à accueillir le message de l’Eglise sur l’amour fécond entre l’homme et la femme sont liées à l’abîme qui existe entre la doctrine de l’Eglise et l’éducation civile, surtout dans les aires géographiques davantage marquées par la sécularisation". Il est donc nécessaire de faire davantage et mieux connaître ce qu'affirme le Magistère sur ce point, ainsi que d'encourager une mentalité ouverte à la vie.

Le document ne fournit donc ni statistiques ni catalogue d'expériences concrètes, mais prend toute la mesure du fossé qui se creuse entre l'Eglise et les familles. Il traduit aussi une volonté de rejoindre les nouvelles réalités familiales dans leurs souffrances, sans avancer de changement doctrinal.

Pascal ANDRE

Lire aussi : Mgr Warin: "Notre discours sur la famille ne doit-il pas être spirituel avant d'être moral?"

Lire l'intégralité du document

 


Dans la même catégorie