Au Parlement européen, les ONG de droits de l’Homme ne chôment pas... Mais cela ne plaît pas à tout le monde. Une campagne de dénigrement a été lancée pour stigmatiser les associations chrétiennes défendant la dignité humaine.
Le journal Le Soir a interrogé Neil Datta, responsable du plus gros lobby en faveur de l’avortement, sur sa vision du lobbying. Et surprise: il estime qu’il y a des bons et des mauvais lobbys. Pour ce lobbyiste, les choses sont claires: il y a les bons lobbys, qui encouragent tout types d’idées… et il y a les mauvais lobbys, qui défendent le respect de la vie humaine ou la liberté religieuse. Une vision très manichéenne du rôle des ONG.
Neil Datta distingue trois groupes de "mauvais" lobbys: les catholiques qui défendent la dignité de la vie, de la conception à la mort naturelle; les protestants d’Europe du nord; et enfin les partis politiques proches de l’extrême-droite. Il est vrai que ces différents groupes travaillent auprès des institutions européennes. Mais le nombre d’ONG accréditées auprès du Parlement européen est très élevé: d’après certaines estimations, il y aurait entre 15.000 et 30.000 personnes qui travaillent pour des lobbys à Bruxelles.
Le vrai problème n’est pas tant la présence d’ONG auprès du Parlement européen, puisque ce sont de toute façon les parlementaires qui prendront la décision, en âme et conscience. Pour Neil Datta, le problème est que certaines associations de droits de l’Homme défendent la protection de la vie, la famille traditionnelle et la liberté religieuse. C'est en particulier sur ce dernier point que les craintes de Neil Datta sont les plus fortes. Il redoute notamment que soit accordé "le droit de déroger à certaines législations au nom de sa foi"... Mais des ONG qui défendent leurs opinions… où est le problème?
Manichéisme
Cette offensive est révélatrice de deux réalités. D’abord, celle de l'hypocrisie des ONG. Chacune a tendance à jeter l’anathème sur les idées différentes des siennes. On en arrive donc à une situation absurde où chaque lobby se définit comme "représentant la société civile" et dénonce les autres groupes comme des "lobbys dangereux". Une situation proche du bac à sable. Les raisons de cette vision en noir et blanc? Bien souvent, la course aux financements. L’Union européenne propose en effet de nombreuses aides financières à des projets et les lobbys sont en compétition pour décrocher les subventions.
Ensuite, cette campagne de dénigrement révèle une crainte des milieux laïcs: devoir batailler face à des adversaires bien organisés. Pendant très longtemps, les ONG catholiques (ou partageant les même idées) étaient absentes des milieux décisionnels tels que Bruxelles ou Strasbourg. Autre problème: la plupart des ces ONG étaient dirigées par des gens n’ayant rien de plus que leur bonne volonté… mais manquant cruellement de professionnalisme ou de coordination. Depuis quelques années, la situation a changé. Les ONG défendant la dignité humaine ont adopté le même fonctionnement que les gros lobbys et se font donc mieux entendre des parlementaires. Ce qui pousse les autres associations à devoir désormais redoubler d’efforts pour parvenir à leurs fins.
P.G. (avec Le Soir)
