Si le pape est très populaire auprès des fidèles, ses initiatives ne feraient pas l'unanimité à Rome. Des responsables au sein de l'administration vaticane chercheraient même à freiner la réorganisation en cours.
C'est du moins l'avis de certains spécialistes. En effet, s'il jouit d'une très grande popularité auprès de la base, il serait, selon le professeur Andrea Riccardi, le pontife qui doit affronter le plus de critiques internes depuis le début du XXe siècle. En cause: la façon dont il mène la réforme du gouvernement de l'Eglise. Le pape François a effectivement décidé de ne pas se laisser mener par un cabinet constitué de conseillers techniques dûment homologués et de s'appuyer, pour l'aider dans sa tâche, sur un petit groupe de cardinaux "de terrain", le C8, dont aucun membre n'est issu de la curie.
Ce groupe s'est d'ailleurs réuni la semaine dernière pour évoquer l'avenir des douze conseils pontificaux qui, avec les congrégations et la secrétairerie d'Etat, forment l'ensemble de ce que l'on pourrait appeler les ministères du Vatican. On ignore encore sur quels changements concrets va déboucher cette réflexion, mais il est fort probable que certains de ces conseils fusionnent, disparaissent ou évoluent pour favoriser l'efficacité et la collégialité. Des perspectives qui ne se dessinent pas sans créer de remous. En effet, aucun chef de dicastère ne souhaite voir disparaître le sien.
Valoriser le professionnalisme contre le carriérisme
Il n'y a pas que dans les hautes sphères de l'Eglise que plusieurs rechignent au changement. Les employés du Vatican aussi s'inquiètent. Depuis février, les nouveaux recrutements sont gelés, les heures supplémentaires ne sont plus payées et la pointeuse parfois introduite. L'avancement dans la carrière n'apparaît plus garanti comme avant. Ce lundi 5 mai, le pape a d'ailleurs de nouveau dénoncé avec virulence les arrivistes ou profiteurs qui se servent des institutions de l'Eglise pour s'enrichir. "Si tu as envie de grimper, va plus au nord et fais de l'alpinisme: c'est plus sain", a-t-il déclaré, non sans humour.
"C’en est fini d’un Vatican où l’on se retrouvait cardinal et chef d’un dicastère parce qu’on était monté dans la structure au gré d’événements propices. François ne s’oppose pas à la promotion interne, mais elle doit reposer sur de vraies compétences", explique un proche du pape, dans les colonnes de "La Croix".
Des discours trop "simples"
La résistance de la curie ne se concentre pas seulement sur la réforme dont elle fait l'objet. Elle vise le pape François lui-même, dont le style et les manière seraient loin de faire l'unanimité. Certains, par exemple, critiquent ses discours trop "simples" en les opposant à ceux de Benoît XVI, plus "doctes".
Le pape, lui, avance sans trop se soucier des bruits de couloirs. "Il est devenu très difficile de résister à ce pape", commente le père Jean-Paul Muller, économe général des salésiens, "car si Benoît XVI était seul, François s'est mis le peuple avec lui, ce qui fait sa force."
Pascal ANDRE (avec La Croix et La vie)


