De 24 au 26 mai, le pape François sera en Terre sainte afin de commémorer le cinquantième anniversaire de la rencontre historique entre le pape Paul VI et le patriarche de Constantinople, Athénagoras. Une visite qui aura donc un fort accent œcuménique, mais dont l'un des principaux enjeux sera également le dialogue avec les juifs et les musulmans.
Ce voyage en Terre sainte, le pape François en avait exprimé le désir au cours de sa conférence de presse sur le vol de retour de Rio le 29 juillet 2013. Depuis, de nombreuses invitations lui sont parvenues en ce sens: celle du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, reçu le 2 décembre en audience au Vatican, mais aussi celles du président d’Israël, Shimon Peres, ou encore de son homologue palestinien, Mahmoud Abbas.
Le mois de mai étant déjà occupé par la Semaine sainte, Pâques et les canonisations des papes Jean XXIII et Jean-Paul II, c'est le mois de mai qui a été choisi. Un voyage en trois étapes (Amman, Bethléem et Jérusalem), qui aura lieu du 24 au 26 mai précisément. Le pape François sera ainsi le quatrième pontife à se rendre en Terre sainte, après Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI.
Un contexte extrêmement tendu
"C'est un moment très difficile et ces difficultés provoquent des angoisses parmi ceux qui doivent accueillir le pape, parce que certains pensent que ce n'est peut-être pas le bon moment", confie le père David Neuhaus, vicaire du Patriarcat de Jérusalem pour la communauté hébréophone et pour les migrants. Il est vrai qu'en ce moment, les tensions sont particulièrement nombreuses dans cette région du monde. Il y a tout d'abord les négociations de paix entre Israël et l'Autorité palestinienne qui sont interrompues depuis que le Hamas et le Fatah se sont réconciliés. Il y a également la crise syrienne, par rapport à laquelle Israël et le Saint-Siège ont des positions opposées, notamment en ce qui concerne une intervention militaire. A cela, il faut encore ajouter la multiplication des attaques menées par des extrémistes juifs contre des chrétiens d'Israël, qui empoisonnent les relations entre les deux communautés.
La polémique qui entoure la venue du patriarche maronite libanais Bechara Raï illustre particulièrement bien les tensions qui agitent la région. Ce dernier a effectivement annoncé, le 2 mai dernier, qu'il accompagnerait le pape en Terre sainte, notamment à Jérusalem. L'annonce de cet événement – une première pour un dignitaire religieux libanais de ce rang – a aussitôt provoqué des réactions hostiles tant du côté d'Israël, techniquement en guerre avec le Liban depuis 1948, que du côté du Hezbollah. Le mouvement politique chiite ne voit pas d'un bon œil le fait que Mgr Raï se rende à Jérusalem, alors que la ville est sous occupation israélienne.
Une visite religieuse et non politique
Il faut également rappeler que les relations diplomatiques entre le Saint-Siège et Israël sont également tendues. Depuis 1999, les deux Etats sont engagés dans de laborieuses négociations. Le Saint-Siège réclame, en effet, la reconnaissance pleine et entière des droits juridiques et patrimoniaux des congrégations catholiques et la confirmation des exemptions fiscales dont bénéficiait l'Eglise au moment de la naissance de l'Etat hébreu en 1948 et que l'ONU avait demandé à Israël d'honorer.
Le Saint-Siège rappelle toutefois que la visite du pape est avant tout religieuse et non politique. Le pontife se rend effectivement en Terre sainte pour commémorer le cinquantième anniversaire de la rencontre historique entre le pape Paul VI et le patriarche de Constantinople, Athénagoras. Le voyage aura d'ailleurs un fort accent œcuménique, avec notamment la rencontre prévue au Saint-Sépulcre avec les représentants des Eglises chrétiennes de Jérusalem et le patriarche Bartholomée de Constantinople.
Des personnalités d'autres religions
La dialogue avec les juifs et les musulmans sera également l'un des principaux enjeux de ce voyage. Le pape a effectivement demandé à Abraham Skorka, le rabbin de Buenos Aires, et Omar Abboud, professeur musulman et président de l’Institut pour le dialogue interreligieux de la capitale argentine, de l'accompagner. Cette présence de responsables d'autres religions dans la délégation du pape est une première absolue dans l'histoire des voyages pontificaux. C'est dire l'importance que le pontife actuel accorde au dialogue interreligieux.
Enfin, signalons que le but de ce voyage est également d'encourager les chrétiens à rester dans cette région, où ils sont de plus en plus minoritaires. Car s'ils représentaient plus de 18% de la population de Terre sainte en 1948, ils sont désormais moins de 2%. "Pour dire la vérité, je pense que les chrétiens de la Terre Sainte attendent une parole de leur pasteur, une parole qui leur donne raison de rester (…) sur place comme témoin de l'Evangile, "explique le père David Neuhaus. "Il faut que, dans ce pays, il reste une présence chrétienne, même si elle est très minoritaire, mais une voix qui est profondément chrétienne."
Pascal ANDRE
Photo: Le président d'Israël Shimon Peres, lors de sa visite au Vatican

