Du jeudi de l'Ascension au dimanche de la Pentecôte, l'Eglise se rassemble dans la prière au cénacle (1ère lecture). A la suite des Apôtres, elle a tant de fois fait l'expérience de sa faiblesse! Elle comprend toujours mieux qu'elle doit à nouveau recevoir la force de l'Esprit de Dieu afin d'accomplir sa mission essentielle: annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres et aux désespérés.
En ce dimanche intermédiaire, elle médite avec émotion l'ultime grande prière de Jésus rapportée par St Jean - une page sublime qui la comble de joie et d'espérance car elle y entend comment son Seigneur supplie à son intention. Comment ne serait-elle pas émue au plus profond d'elle-même devant tant de tendresse et de miséricorde?
Jésus de Nazareth a conscience d'être bien plus qu'un envoyé, un prophète de Dieu: il est le Fils qui peut s'adresser à Dieu son Père avec des accents de tendresse inégalable. Sa dernière heure est arrivée: surmontant son angoisse devant le supplice qui approche, il rend grâce à Dieu d'arriver au terme de la mission qu'il avait reçue de lui: révéler son Nom, son Etre profond. Dieu n'est pas l'Absolu lointain, le Tout-Puissant terrifiant, le Grand Père bonasse...: tout entier, tout uniment, il est Père. Et Jésus n'a pu le révéler qu'en se comportant comme son Fils.
Si bien que la libération, l'achèvement complet de l'être humain est de connaître le Père et le Fils - connaître ne se limitant pas à une idée approximative, une information générale mais signifiant entrer dans cette relation père/fils et par là même "co-naître", re-naître à la vraie Vie qui est la Vie éternelle, la Vie divine.
Impossible de lire ce texte sans remarquer la répétition d'un verbe capital: donner.
Le Père a donné pouvoir à son Fils... lui a donné ses paroles... lui a donné les hommes près de lui... lui a tout donné... Le Fils a donné ces paroles du Père aux hommes... il leur donne la Vie éternelle... Et donc, il est sûr que son Père va lui donner la Gloire... Jésus n'a rien dit ni fait de lui-même: il a toujours eu conscience de tout recevoir, de se recevoir du Père. En lui, aucun instinct de propriétaire, aucune revendication égoïste... Il n'a rien gardé pour lui, il n'a rien déformé, rien durci, rien édulcoré, rien amoindri: il a été communication totale, sans retenue. St Jean le disait bien dès son Prologue: "Si la Loi nous est venue par Moïse, la grâce et la Vérité sont venues par Jésus Christ. Personne n'a jamais vu Dieu: le Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l'a dévoilé".
"Je prie pour eux": dans l'espace "Ascension-Pentecôte", nous jubilons d'allégresse. Non parce que nous sommes fiers de nous. Mais parce qu'il nous a été donné de connaître le Père et le Fils et ainsi de communier, en eux et entre nous, dans la Vraie Vie.
Assurés par les promesses de Jésus, nous appelons l'Esprit Paraclet: il sera toujours avec nous, il nous guidera dans la Vérité tout entière, il confondra nos adversaires, il nous remplira de force, il nous enverra en mission dans le monde. Au milieu du tintamarre des publicités, des appels à avoir et à consommer plus d'objets, nous oserons lancer et relancer l'appel à découvrir des sujets: le Père et le Fils. Et à témoigner que le bonheur n'est pas possession mais réception et don. Que la Vie - en Dieu, en l'homme, entre les hommes - est "Relations". Viens, Esprit, Don de Dieu!
Raphaël Devillers o.p.

