Ce jeudi 1er mai, le forum chrétien de la vie sociale, organisé par la communauté de l’Emmanuel, vivait sa deuxième édition à Louvain-la-Neuve. Quelque cent cinquante personnes étaient rassemblées autour du thème "Il n’est de richesses que d’hommes".
"Le thème est très doux!", avouait Xavier Muller, un des organisateurs, en introduction de la journée. Pourtant de quoi parlons-nous quand nous parlons d’homme et d’humanisme? Quelle vision de l’homme les chrétiens souhaitent-ils promouvoir en accord avec l’évangile? "C’est sur une ligne de crête que nous sommes invités à avancer, d’un côté une attitude exclusive et de l’autre côté une manière d’être trop consensuelle sur de sujets de société." La matinée organisée autour de quatre conférences a donné les jalons pour les forums de l’après-midi avec les intervenants.
Qui dit Humanisme…
Le philosophe, Rémi Brague, professeur de philosophie à l’Université Paris-I, a tracé l’histoire de l’humanisme. Passant de l’affirmation de la simple supériorité de l’homme sur les animaux, puis de la domination de l’homme sur les animaux (Aristote), la notion d’humanisme est passée au 17e à la maîtrise de la nature par l’homme (Bacon, Descartes). Enfin depuis le 19e siècle, c’est un "humanisme exclusif", où l’homme est l’être suprême, qui s’est développé. Depuis plusieurs dizaines d’années, constate le philosophe, on assiste à "un détricotage" des diverses phases de l’humanisme, hormis l’humanisme exclusif qui reste d’actualité. Rémi Brague développe ce thème dans un ouvrage récent "Modérément moderne".
Famille, entreprise, migrants
Maria Hildingsson, secrétaire générale de la Fédération des Associations Familiales Catholiques, a ensuite présenté les facettes des politiques familiales, souvent confondues avec des politiques sociales.
Jacques van Rijckevorsel, membre du comité de direction du groupe Solvay, a présenté comment l’entreprise peut être source de richesses humaines: innover, mais en consommant moins pour produire (eau, énergie); développer un leadership qui prenne en compte la place de soi et de l’autre (empathie, capacité de créer des réseaux); enfin, former la conscience des hommes et s’appuyer sur leur talent.
La question des réfugiés a été abordée par Gilbert Granjon. Il a présenté la fondation Josefa, qui repose sur trois piliers: l’accueil, l’hébergement et l’accompagnement des migrants.
Des forums ont permis aux participants de poser leurs questions. L’après-midi s’est conclue par une table ronde où témoignaient une infirmière en soins palliatifs, un médecin généraliste et un directeur d’atelier protégé. Ils ont chacun exprimé la manière dont leur foi chrétienne oriente leur travail. Marc, la soixantaine, très content de l’édition passée est revenu. Il en tire un bilan positif. Pour lui, l’intérêt d’une telle journée est d’allier réflexion et exemples concrets, il ajoute: "voir des personnes s’engager nous booste pour aller de l’avant personnellement au travail, dans la société!". Le forum donne rendez-vous l’an prochain pour continuer à répondre aux questions soulevées par l’évolution de notre société.
En conclusion
Xavier Muller, l’organisateur responsable, concluait la journée en se rappelant une question posée avec des étudiants: "D’où vous vient ce désir de l’engagement?" Et la réponse de suivre: "Quand je vois d’autres personnes qui s’engagent et quand je vois le rayonnement que cela a dans leur propre vie; eh bien, moi aussi j’ai envie de m’engager."
Reprenant les propos de Pierre Goursat, le fondateur de la communauté de l’Emmanuel, qui avait l’habitude de dire: "Nous sommes des pauvres types", la conclusion ne voulait pas être prononcée sur une notion de mépris, qui n’avait sans doute pas sa place à la fin d’une journée sur la dignité humaine, mais bien pour rappeler que "seul, nous ne pouvons rien faire".
Mais une question est revenue très souvent au cours de cette journée: Que faire après ces forums? Xavier Muller évoque "deux pistes d’engagement sur cette crête: l’engagement personnel et l’action collective. Cette deuxième piste est plus difficile. Il y a pas mal de choses qui existent en Belgique, des pousses qui émergent dans cette culture nouvelle en train de naître en Belgique".
C’est peut-être un défi sur lequel les participants sont invités à réfléchir: Comment poursuivre ce travail dans une action commune et collective? Par des forums ou d’autres activités…
Elisabeth Dehorter/Matthieu Hargot/SB
Ecoutez Xavier Muller en conclusion de cette journée dédiée à l'humanisme:

