Le patriarche Kirill de l'Eglise orthodoxe russe (photo) a appelé samedi 19 avril à prier pour que personne ne puisse "détruire la Sainte Russie" en lui enlevant l'Ukraine, soulignant que toutes les tentatives dans le passé avaient échoué. Au même moment, le patriarche orthodoxe de Kiev, Philarète, a dénoncé l'"ennemi" russe, dont l'"agression" contre l'Ukraine est selon lui vouée à l'échec.
Samedi 19 avril, les patriarches orthodoxes de Kiev et de Moscou se sont livrés à une guerre de mots. Il faut effectivement savoir que l'orthodoxie en Ukraine est partagée entre le patriarcat de Moscou et celui de Kiev, qui revendique plusieurs millions de fidèles, mais qui n'est pas reconnu par les autres patriarcats. Dans son message pascal, le patriarche de Kiev, Philarète, a assuré que l'"ennemi" russe était condamné à l'échec et que Dieu aiderait à "ressusciter l'Ukraine", dont la péninsule de Crimée a été rattachée à la Russie en mars et dont l'Est est actuellement secoué par une vague de séparatisme inspiré, selon Kiev, par le Kremlin. "Le pays qui nous avait garanti l'intégrité territoriale a commis une agression. Dieu ne peut pas être du côté du mal, c'est pour cela que l'ennemi du peuple ukrainien est condamné à l'échec", a-t-il déclaré.
A Moscou, le patriarche russe Kirill a, quant à lui, appelé les fidèles à prier "pour le peuple russe qui vit en Ukraine, pour que le Seigneur fasse la paix sur la terre ukrainienne (...), qu'il mette fin aux desseins de ceux qui veulent détruire la sainte Russie". "L'Ukraine est politiquement un pays étranger", a-t-il ajouté, "mais spirituellement et historiquement, cela n'a jamais été le cas. Nous sommes un seul peuple devant Dieu, nous avons la même foi orthodoxe, quoi qu'en pensent ceux qui disent que le peuple ukrainien a d'autres religions."
"Ces événements nous ont repoussés loin en arrière"
La crise ukrainienne n'a pas que des conséquences sur les relations entre ces deux patriarcats; il éloigne également la perspective d'une rencontre entre le patriarche russe Kirill et le pape François. "Ces événements nous ont repoussés loin en arrière", a récemment déclaré le métropolite Hilarion de Volokolamsk, président du Département des relations ecclésiastiques extérieures du patriarcat de Moscou. "C'est dû essentiellement aux agissements des gréco-catholiques, que l'Eglise catholique romaine considère comme un pont entre Orient et Occident, mais que nous voyons comme un obstacle sérieux au dialogue."
Née en 1596, lorsqu’une partie de l’Eglise orthodoxe d’Ukraine a reconnu l’autorité de Rome, l’Eglise gréco-catholique ukrainienne était interdite à l’époque soviétique, mais a retrouvé sa place après la chute du communisme. Elle compte aujourd'hui plusieurs millions de fidèles, principalement dans l’ouest du pays. Le Patriarcat russe l’accuse d’être l’instrument d’un prosélytisme catholique.
"Dans ces circonstances", a ajouté le métropolite Hilarion, "il devient plus difficile de parler d’une rencontre entre le pape et le patriarche de Moscou dans un avenir proche. Il faut attendre jusqu’à ce que ces nouvelles blessures soient guéries. Néanmoins nous ne perdons pas l’espoir que les relations entre orthodoxes et catholiques pourront être normalisées."
P. A. (avec La Croix)

