Bruno Colmant, Etienne de Callataÿ (photo), Eric De Keuleneer, Roland Gillet, Paul De Grauwe, Geert Noels… Hier, tous ces économistes belges nous expliquaient pourquoi les marchés avaient raison. Aujourd'hui, ils s'inquiètent du creusement des inégalités sociales provoqué par la crise.
Nos économistes vedettes auraient-il viré de bord et s'être rendus compte que les marchés qui s'autorégulent est une belle utopie? Depuis quelque temps, en effet, ils ne tiennent plus tout à fait le même discours. Certes, ils continuent à vanter les mérites de l'économie de marché , mais ils s'inquiètent de plus en plus des dégâts sociaux causés par les mesures d'austérité et du fossé qui se creuse entre riches et pauvres. "L’économie de marché sans partage n’a aucun sens", déclarait récemment Bruno Colmant, le père des intérêts notionnels, dans les colonnes du "Vif". Pour lui, "le grand débat des prochaines années sera celui de la réduction des inégalités". Même préoccupation pour Roland Gillet, professeur de finance à la Sorbonne et à Solvay. "En Grèce, des retraités ne savent plus comment se nourrir après chaque 18 du mois", explique-t-il. "Se soigner ou même se loger est devenu impayable pour beaucoup. Idem en Espagne où les jeunes sont nombreux à déserter le pays pour tenter d’échapper au chômage. Des besoins primaires ne sont plus rencontrés, et ça se passe en Europe, zone privilégiée s’il en est et forte en acquis sociaux. C’est dramatique et très alarmant."
Un point de vue partagé par Paul De Grauwe, professeur d’économie politique à la London School of Economics et à la KUL. Pour lui, "ces inégalités qui deviennent de plus en plus grandes, sont un facteur d’instabilité et donc d’inefficacité pour nos économies."
Alors, tous ces économistes seraient-ils peu à peu gagnés par les arguments de ceux qui, depuis des années, dénoncent les dérives d'une économie de marché censées s'autoréguler? Non, bien sûr, mais certains, comme Etienne de Callataÿ, reconnaissent avoir changé. "La crise a renforcé mon côté libéral de gauche, le goût de l’initiative privée", affirme ce dernier, "mais aussi la préoccupation pour les plus faibles." Des propos qui ne seraient pas pour déplaire au pape François.
P. A.

