Le carnaval, une « fête à l’envers »


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Le carnaval, une « fête à l’envers »
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
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CarnavalD'origine païenne, le carnaval est l'antidote exact du Carême. Autant le second fait appel à la rigueur, la sobriété et la pénitence, autant le premier est composé de licence, d'excès et d'exaltation.

Le mot "carnaval" vient d’Italie, mais a conservé son étymologie latine: "carnis levare", c’est-à-dire "enlever, ôter la viande, la chair" des repas. La viande désignait le gras que l'on était autorisé à manger avant d'entrer en période de Carême.

Comme tant d’autres fêtes, le carnaval est une récupération par le christianisme de très anciens cultes païens, dont les Lupercales romaines et les Saturnales. En effet, chaque année, le 15 février, les Luperques, vêtus seulement des peaux des boucs sacrifiés, couraient à travers la ville en frappant avec des lanières de peaux de boucs tous ceux qu’ils rencontraient, notamment les femmes. Celles-ci ne cherchaient pas à se soustraire aux coups, parce qu’elles croyaient que cela favorisait la grossesse. Ces Lupercales symbolisaient l’intrusion du monde sauvage dans le monde civilisé, du désordre dans la vie réglée, du monde des morts dans celui des vivants.

Les Saturnales, quant à elles, avaient lieu aux alentours du solstice d’hiver, et selon les époques, ont duré un, trois, cinq ou sept jours. On organisait de joyeux banquets, où le maître de maison allait jusqu’à servir ses esclaves à table. Un roi de fantaisie, élu par le sort, était le maître des réjouissances pendant ces journées où l’on prenait parfois de grandes libertés.

Une inversion des rôles

Dans sa volonté de s'imposer comme seule religion, l'Eglise a dans un premier temps lutté contre ces pratiques qu'elle considérait comme idolâtres. Puis, elle les a progressivement récupérées et intégrées aux pratiques et croyances chrétiennes. Ainsi, les traditions héritées des Romains ont donné la fête des fous, l'enfant-évêque et enfin le Carnaval. La fête des fous, qui est l'élection d'un roi de pacotille, marque l'inversion des rôles et le renversement des pouvoirs. Cette fête perdure aujourd'hui dans l'Epiphanie.

Le 28 décembre, à l'occasion de l'office des Saints Innocents, un enfant-évêque célébrait l'inversion de l'ordre établi en défilant à la tête d'un cortège d'enfants et réclamait son dû aux portes des maisons. Peu à peu, les "fêtes à l'envers" sont soit interdites soit canalisées et limitées au Carnaval. Celui-ci est souvent personnifié par un mannequin de paille, escorté de gens déguisés et masqués formant des cortèges ou des courses-poursuites. On décide de le mettre à mort après une parodie de jugement où on lui attribue publiquement tous les maux de l’année écoulée (il joue en fait le rôle du bouc émissaire). On lui reproche sa fainéantise, sa malhonnêteté, sa goinfrerie, sa débauche. Il finit brûlé, le plus souvent, en général le jour des Cendres, parfois noyé ou décapité. Son enterrement donne lieu à un joyeux adieu public au gras.

Pascal ANDRE

Catégorie : L'actu

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