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Le dossier syrien a été au centre d'un colloque qui s'est tenu au Vatican, lundi 13 décembre. Radio Vatican a interrogé le cardinal Jean-Louis Tauran (photo), président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, qui a mené les débats entre les experts.En préambule, le cardinal Tauran revient sur le sens de cette rencontre voulue par le pape François et sur ses conclusions. "La rencontre avait pour but de porter au Saint-Père le point de vue des experts, de diplomates, et de voir comment le pape et ses collaborateurs pouvaient aider, en quelque sorte, à accélérer la paix en Syrie". Et de poursuivre: Ce qui a été intéressant, c’est que beaucoup de ces experts ont dit que finalement, à l’origine du conflit en Syrie, c’est surtout les divisions de la région."
Il faut donc d'abord un cessez-le-feu immédiat et sans conditions?
Oui, un cessez-le-feu immédiat et sans conditions. Et, les couloirs pour que l’aide humanitaire arrive effectivement aux gens qui sont dans le besoin. Ensuite, la reconstruction matérielle pourra commencer et la reconstruction morale et spirituelle du pays aussi. Et puis, la réconciliation et le dialogue interculturel, interreligieux et nous avons tous beaucoup insisté sur la nécessité qu’à Genève soient présents tous les acteurs de la région et au-delà.
Tous les acteurs de la région, y compris donc l’Iran?
Oui, parce que bien sûr, à la suite de l’accord qui vient de passer sur la question nucléaire, c’est un pas très positif et on espère que cela soit contagieux. Donc, c’est indispensable qu’ils soient à Genève.
Comment le Saint-Siège entend-il peser sur Genève-2?
Cela dépend. Nous allons remettre aujourd’hui au pape le résultat de nos travaux de lundi et il décidera quels gestes peuvent être accomplis. Je pense qu’il y aura une démarche du Saint-Siège mais laquelle, c’est impossible de le dire aujourd’hui. Mais c’est sûr que Genève-2 est vraiment quelque chose de très important: ou on progresse, ou ce sera catastrophique!
Le Saint-Siège a une nouvelle fois réclamé que cesse également la livraison d’armes à la Syrie
Les armes et aussi l’argent qui sert à acheter ces armes. Bien sûr, parce que c’est une source continuelle. Cet argent devrait être employé plutôt pour secourir les victimes.
Au lendemain de cette rencontre sur la Syrie, John Kerry, le secrétaire d’Etat américain a été reçu par Mgr Parolin, le secrétaire d’Etat et par Mgr Dominique Mamberti, secrétaire pour les rapports avec les Etats. Est-ce le signe que le Saint-Siège peut compter dans les décisions importantes qui concernent ce monde? La voix du Saint-Siège est-elle véritablement entendue par les leaders mondiaux?
Elle est entendue, il n’y a pas de doute. Mais qu’elle soit suivie d’effets, pas toujours. Je crois que le Saint-Siège est une puissance morale, il ne faut pas oublier cela. Il y a toute une histoire diplomatique qui pèse évidemment. Et en général, on écoute. D’ailleurs, la grande popularité du Pape François fait que les leaders politiques sont toujours curieux, un peu admiratifs de cette popularité. C’est une chose qui est impressionnante. J’ai cité lundi ce que disait le Pape Pie XII à la vieille de la seconde guerre mondiale, le jeudi 24 août 1939: “le danger est imminent mais il est encore temps. Rien n’est perdu avec la paix, tout peut l’être avec la guerre”. Si on l’avait écouté, on aurait évité des millions de morts.
On peut véritablement considérer que la diplomatie est en train de s’accélérer pour éviter que la situation ne devienne de plus en plus tragique dans le pays.
C’est la responsabilité des leaders politiques et aussi des Nations-Unies. On a beaucoup insisté sur l’importance des Nations unies. J’en ai été très satisfait parce j’en suis un fervent défenseur, en particulier du chapitre 6 et du chapitre 7 de la Charte qui indique très bien ce que l’on doit faire lorsque la paix est menacée, comme c’est le cas aujourd’hui. Et je pense que c’est très important que les responsables des sociétés n’oublient pas que finalement, lorsqu’on a signé la Charte, on a dit “cette charte des Nations unies a pour objet d’éviter la guerre aux générations futures”. A presque plus de 70 ans, on s’aperçoit qu’on combat et qu’on négocie après, mais il faudrait faire l’inverse. Donc, je crois que c’est très important de rappeler cette importance des Nations unies.
Le Saint-Siège, à l’issue de la rencontre de lundi s’est dit déterminé à soutenir toutes les confessions religieuses et les communautés en Syrie pour qu’elles trouvent une nouvelle entente. Comment l’Eglise entend-elle agir?
Les chrétiens ont une responsabilité particulière pour les jeunes, la formation de la jeunesse. Et leur souci du dialogue sera très important aussi pour la reconstitution des institutions démocratiques. Ils sont vraiment actifs. Au niveau de la population, je ne crois pas qu’il y ait de très grandes difficultés. La guerre sème la division mais historiquement, entre les chrétiens et les musulmans en Syrie, à part quelques graves épisodes, il y avait une très bonne entente, surtout ces dernières années. Donc, il faut retrouver cette convivialité.
Que retiendrez-vous de cette rencontre?
Ce que je retiendrai, c’est le climat dans lequel on a parlé parce que rarement, j’ai vu autant d’amitié et de confiance mutuelle, c’était très beau! Et je dirai, des gens de très grande qualité, ce sont de grands spécialistes mais avec un souci de servir l’humanité, de servir la cause de la paix de manière désintéressée et très profonde. Cela prouve que malgré les conflits, malgré les divisions, il est toujours très important de continuer ce chemin de la négociation et du dialogue.
Propos recueillis par Radio Vatican |