Plus de 25 églises ont été incendiées depuis le 14 août dernier, et de nombreuses écoles, maisons et des échoppes coptes ont été attaquées par des partisans du président déchu Mohammed Morsi. Les chrétiens d'Egypte vivent désormais dans la peur de représailles.
Peu de temps avant de réciter l'Angélus sur la place de Castel Gandolfo, le 15 août dernier, le pape François a appelé à la pacification en Egypte et assuré de ses prières "toutes les victimes et leurs familles". Le souverain pontife faisait allusion à l'opération du pouvoir en place visant à déloger les partisans du président déçu Mohammed Morsi des places du Caire qu'ils occupaient depuis six semaines. Une opération qui, selon les derniers bilans, provisoires et souvent contradictoires, aurait fait plus de 500 morts et au moins 10.000 blessés.
S'il ne l'a pas dit explicitement, il ne fait aucun doute que les pensées du pape vont également vers les chrétiens d'Egypte qui vivent dans la peur de représailles. En effet, depuis le 14 août dernier, au moins 25 églises ont été incendiées et des attaques ont visé de nombreuses écoles, maisons et échoppes coptes dans 10 des 27 provinces d'Egypte. Les pro-Morsi reprochent en effet au pape copte Tawadros II d'être apparu aux côtés du général Abdel Fattah al-Sissi, lors de l’annonce télévisée du coup de force des militaires le 3 juillet, et donc à l'Eglise copte d'avoir soutenu la destitution de leur président.
Non à un Etat islamique
"Les islamistes se vengent sur nous autres chrétiens", a déclaré Mgr Kyrillos William Samaan, évêque catholique copte d'Assiout, dans une interview accordée à "Aide à l'Eglise en détresse". "C'est évidemment absurde, puisque 33 millions d'Egyptiens ont exigé sa démission. Nous autres chrétiens n'étions donc pas les seuls à manifester contre Morsi." L'évêque reproche aux Frères musulmans évincés du pouvoir de ne pas accepter les propositions de réconciliation émises par le nouveau gouvernement. "Le problème, c’est qu’ils continuent de vouloir un Etat islamique, mais la majorité des Egyptiens est contente de ne pas en être arrivés là. Ils veulent un Etat libéral."
L'appel des Nations unies
L'ONU s'inquiète aussi, de son côté, du sort réservé aux chrétiens d'Egypte. Adama Dieng, conseiller spécial de Ban Ki-moon sur la prévention du génocide, et Jennifer Welsh, conseillère spéciale sur la responsabilité de protéger, ont exprimé leur "inquiétude devant l'escalade continue de la violence" en Egypte. Les deux responsables "notent avec inquiétude qu'un certain nombre d'églises et d'institutions chrétiennes ont été visées" dans plusieurs provinces "en représailles après les incidents au Caire". Ils appellent "tous les Egyptiens (..) à éviter d'utiliser la violence pour exprimer leurs revendications, en particulier en visant des minorités et institutions religieuses". Leur appel sera-t-il entendu? Pour de nombreux observateurs, la situation actuelle ne laisse rien présager de bon.
Pascal ANDRÉ

