« Les chrétiens ne peuvent que redouter une intervention étrangère »


Partager
« Les chrétiens ne peuvent que redouter une intervention étrangère »
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
3 min

Haytham MannaHaytham Manna est une figure importante de l’opposition syrienne non armée. Vivant en exil, il est responsable du Comité de Coordination Nationale pour le Changement Démocratique (CCCND). Il s’oppose à l’intervention étrangère en Syrie et soupçonne que l’attaque chimique, réelle, est cependant une manipulation. Rencontre.

Vous êtes opposant au régime de Bachar El Assad, mais vous vous opposez également à l’intervention étrangère. Pourquoi ?

Parce que cela va nous mener à une double impasse: la montée en force de la confessionnalisation du conflit et celle des extrémismes. Les plus doués pour tuer ne sont pas les démocrates. Nous devons constater que chaque fois que l’on augmente le degré de violence, c’est Al Qaeda qui gagne sur le terrain. L’intervention étrangère va même faire deux vainqueurs et ils sont exactement à l’opposé d’une résolution pacifique du conflit: la mouvance islamiste et le président Bachar El Assad.

Le président Bachar El Assad peut-il sortir vainqueur d’une attaque militaire contre lui ?

Oui, parce que l’intervention étrangère va donner raison à son discours anti-impérialiste, anti-sioniste, anti-américain. Il va être affaibli militairement, mais il va retrouver une popularité.

Vous assurez que l’attaque chimique est une manipulation. Qu’est ce qui vous permet d’affirmer cela ?

Je défie Monsieur John Kerry de donner une liste précise du millier de morts qu’il utilise pour déclencher une intervention militaire. Il n’y a pas plus de 500 morts. De plus, l’arme chimique utilisée est de fabrication artisanale. Enfin, il est faux de dire qu’il n’est plus possible d’établir la vérité exacte. Il s’agit d’un coup monté par un groupe qui a intérêt à ce que l’intervention étrangère ait lieu et cela, dans un délai rapide.

Pourquoi cette manipulation interviendrait-elle aujourd’hui ?

Parce que l’opposition syrienne est face à un double échec: d’une part, un échec politique et d’autre part, militaire. La Coalition de l’opposition syrienne qui dit être le principal groupe d’opposition, - dans laquelle sont représentées les mouvances pro-saoudiennes, pro-qataries, pro-turques, pro-américaines -, n’arrive pas à se mettre d’accord pour participer au processus de négociations de Genève. Elle ne veut pas avoir à prendre de positions politiques dans une situation de faiblesse. Sur le terrain militaire, le chef d’Etat-major avait promis qu’il ferait des percées militaires importantes, mais elles n’ont pas eu lieu. L’opposition armée et islamiste était donc en train de faire face à une situation de faiblesse inédite. La récente déroute des Frères Musulmans en Egypte a évidemment accentué son échec.

Quelle opposition représentez-vous ?

Le CCCND représente plusieurs partis politiques, parmi lesquels les socialistes, les Kurdes, les communistes ainsi que tous les intellectuels et artistes syriens.

Quelle est la position des chrétiens face à l’intervention étrangère ?

Le Vatican l’a condamnée officiellement. Il prône une solution politique. Nous regrettons seulement que le Vatican ne fasse pas plus de pressions pour libérer les évêques qui ont été enlevés en avril. Certes, il y a quelques personnalités chrétiennes qui se sont rattachées à la Coalition de l’opposition syrienne, comme Michel Kilo, mais elles ne représentent pas la population sur place. La population chrétienne en Syrie ne peut que redouter une intervention étrangère qui va radicaliser les plus violents.

Propos recueillis par Laurence D’HONDT

Catégorie : L'actu

Dans la même catégorie