Le respect de l’environnement, une priorité de l’Eglise


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Le respect de l’environnement, une priorité de l’Eglise
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
4 min

Eglise - EcologieSi les écologistes et les scientifiques tirent depuis près de cinquante ans la sonnette d'alarme à propos de l'avenir de notre planète, il a fallu un peu plus de temps pour que l'Eglise catholique prenne la véritable mesure du problème et place l'environnement au cœur de ses préoccupations. C'est Jean-Paul II qui, le premier, commença à développer une réflexion catholique sur l'écologie.

Les Eglises – et plus particulièrement l'Eglise catholique – ne se sont éveillées que très tard à l'écologie. Pire, certains écologistes ont longtemps considéré le judéo-christianisme responsable de l'état de la dégradation de la planète. Cette thèse, développée à la fin des années 1960 par le médiéviste américain Lynn White, repose sur une interprétation erronée du verset 28 du chapitre 1 de la Genèse ("Remplissez la terre et soumettez-la"). D'après lui, elle serait à l'origine de la mentalité d'exploiteur abusif qui caractérise notre civilisation. Heureusement, cette lecture a depuis été largement réexaminée et critiquée.

Jean-PaulIIJean-Paul II : la prise de conscience

Reste qu'il a fallu attendre l'élection de Jean-Paul II pour que l'Eglise catholique prenne cette question à bras-le-corps. C'est d'ailleurs lui qui, un an après son accession au trône de Pierre, dota l’écologie d’un saint patron: François d’Assise. "Les créatures et les éléments ne seront protégés de toute violation injuste et nuisible que dans la mesure où, à la lumière de l’enseignement biblique sur la Création et la Rédemption, on les considèrera comme des êtres à l’égard desquels l’homme est lié par des devoirs", déclara-t-il notamment pour les 800 ans de la naissance du Poverello.

En 1987, il poussa encore un plus loin son engagement en reprenant, dans son encyclique "Sollicitudo rei socialis", tous les thèmes de l’écologie politique: la biosphère est un ensemble; les ressources naturelles sont limitées; un certain type de développement menace la qualité de la vie; la domination accordée par le Créateur n’est pas un pouvoir absolu; l’homme n’a pas "la liberté d’user et d’abuser, ou de disposer des choses" comme il l’entend.

Le 1er janvier 1990, pour la Journée mondiale de la paix, Jean-Paul II haussa même le ton: "La pollution ou la destruction de l’environnement sont le résultat d’une vision réductrice et antinaturelle qui dénote parfois un véritable mépris de l’homme. Il n’est pas juste qu’un petit nombre de privilégiés continuent à accumuler des biens superflus en dilapidant les ressources disponibles, alors que des multitudes des personnes vivent dans des conditions de misère..."

Benoit XVIBenoît XVI : une approche plus théologique

Benoît XVI, son successeur, a souvent été présenté comme le "pape vert", sans doute parce que, sous son pontificat, le Vatican exprima son ambition de devenir neutre en émission de carbone et multiplia les effets d'annonce: panneaux solaires pour alimenter la grande salle des audiences qui jouxte la basilique Saint-Pierre, plantation d'une "forêt climatique" en Hongrie, un "puits de carbone" de 7.000 hectares.

Sur le plan éthique, le pape émérite se montra tout aussi intransigeant que son prédécesseur, invitant chacun et chacune à prendre ses responsabilités. "Pour avoir un effet à grande échelle, il est nécessaire de convertir le modèle de développement mondial: c’est ce qu’exigent désormais non seulement le scandale de la faim, mais également les urgences liées à l’environnement et à l’énergie", expliqua-t-il, le 12 novembre 2006, place Saint-Pierre. "Toutefois, toute personne et toute famille peut et doit faire quelque chose pour soulager la faim dans le monde en adoptant un style de vie et de consommation compatible avec la sauvegarde de la Création et avec les critères de justice envers ceux qui cultivent la terre dans tous les pays..."

Benoît XVI ne succomba pas pour autant à une mode écologique. Sa problématique relève avant tout de la théologie, du spirituel et de la morale. Pour lui, la question environnementale embrasse effectivement une très vaste dimension, celle du respect de la vie et de la sauvegarde de l'œuvre de Dieu: la Création.

pape Francois 4François : le souci des plus pauvres

En prenant le nom du saint patron de l'écologie, le pape François fait naître, quant à lui, l'espoir d'un engagement plus fort encore de l'Eglise en faveur de la planète. Partisan d'un mode de vie moins consumériste, le nouveau pontife a évoqué son attachement à la défense de l'environnement dès sa messe d'intronisation.

"Dieu a confié la création à l’homme et à la femme pour qu’ils la gardent et la cultivent", a-t-il également déclaré à l'occasion de la Journée mondiale pour l'environnement. "Cultiver veut dire prendre soin, avec attention, avec passion et dévouement. Parfois nous perdons notre capacité de contempler, de nous émerveiller devant la Création, car nous vivons dans un monde horizontal, qui s’éloigne de Dieu. Or la Création est un don qui nous est fait, que nous devons respecter, et non pas manipuler pour en tirer profit." Et d'ajouter, un plus loin: "Rappelons-nous que la nourriture que l’on jette c’est comme si elle avait été volée à la table du pauvre. Ecologie de l’environnement et écologie humaine vont ensemble. C’est en combattant la culture du rejet et du gaspillage qu’il est possible de devenir attentif à chacun, et de venir en aide aux besoins des plus pauvres." Un point qu'il approfondira certainement dans sa prochaine encyclique consacrée à la pauvreté.

Pascal ANDRE


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