Le nouveau président iranien est-il vraiment modéré ?


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Le nouveau président iranien est-il vraiment modéré ?
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
3 min

Le nouveau président iranien Hassan Rohani sera investi samedi 3 août, lors d’une cérémonie en présence du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, et prêtera serment dimanche 4 devant le Parlement. Certains se demandent s'il est aussi modéré qu'on le prétend. Ces derniers propos s'alignent en effet sur les diatribes qu'avait déjà proférées son prédécesseur quand il était au pouvoir.

Elu le 14 juin dernier, avec près de 51% des voix dès le premier tour, grâce à la coalition de modérés et de réformateurs, Hassan Rohani prendra officiellement ses fonctions samedi 3 août, lors d'une cérémonie en présence du guide de la Révolution, Ali Khamenei, puis prêtera serment, le lendemain, devant le Parlement. Il aura alors deux semaines pour présenter son gouvernement aux parlementaires, qui disposeront de dix jours pour étudier les dossiers des candidats aux différents portefeuilles. Selon la loi iranienne, chaque ministre doit obtenir individuellement la confiance du Parlement.

Cette étape sera probablement la plus délicate pour lui, puisque les responsables politiques les plus conservateurs du pays lui ont vivement conseillé de ne nommer, comme ministres, que des personnes ayant explicitement condamné le mouvement de contestation né à la suite de la réélection de Mahmoud Ahmadinejad en 2009. Ils lui ont également demandé de ne pas inviter l'ancien président réformateur Mohammed Khatami (1997-2005) à la cérémonie d'investiture.

Changement de ton

Difficile, donc, à l'heure actuelle, de dire si cette élection marque bien la fin d'une époque et si le nouveau président parviendra à maintenir le cap qu'il s'était fixé avant les élections. Si le Parlement vote la composition de son gouvernement, alors Rohani aura gagné la première manche. L’autre temps fort sera, à l’automne, la reprise des négociations sur le nucléaire, avec une nouvelle équipe iranienne. Là encore, ce sera un test.

Ce qui est sûr, en tout cas, c'est qu'en Iran, le le ton a déjà changé. Le style Rohani ressemble en effet davantage à celui de l'ancien président réformateur, Mohammed Khatami. Les Iraniens en ont eu un aperçu lors d'un discours prononcé début juillet devant des religieux, dans lequel il a déclaré qu'un gouvernement n'étend pas son pouvoir en "imposant des restrictions dans la vie des gens ou en intervenant dans la vie privée des personnes", mais en renforçant "leurs croyances et leur capital social". Déjà en juin, lors de la campagne électorale, il avait critiqué la croisade des conservateurs contre les antennes paraboliques, "une violation de la vie privée des gens" qui empêche les Iraniens de se connecter au monde extérieur. De même, en juillet, il a invité les quelque 3 millions d'Iraniens en exil à revenir dans leur pays, sans crainte de représailles.

Des propos anti-sionistes

Un seul point noir au tableau pour le moment: les propos qu'il a tenu ce vendredi 2 août à propos d'Israël. "Le régime sioniste est une blessure infligée depuis des années au corps du monde musulman et qui doit être nettoyée", a-t-il déclaré. Des propos qui ne collent pas vraiment avec l'image d'homme modéré qu'il a renvoyée jusqu'ici. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a aussitôt réagi à ces déclarations et déclaré que Hassan Rohani montrait "son vrai visage plus tôt que prévu". "Même si les Iraniens s'empressaient maintenant de nier ses propos, c'est ce qu'il pense et c'est le plan d'action du régime iranien", a-t-il ajouté.

Pascal ANDRE

Catégorie : L'actu

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