Le Bonheur National Brut (BNB), ce concept créé au Bhoutan, en 1972, par le roi Jigma Singye Wangchuck comme alternative au PIB, ne tiendrait plus compte des réalités nouvelles des réalités du pays. C'est ce que pense Tshering Tobgay (voir photo), nouvellement élu à la tête du gouvernement.
Tshering Tobgay, le nouveau Premier ministre du Bhoutan, a à peine pris ses fonctions le 3 août dernier qu'il remet en cause l'indice du "Bonheur National Brut" (BNB), créé en 1972 par le roi Jigme Singye Wangchuck, sans pour autant vouloir l'abandonner. Le BNB – qui vaut à ce petit pays himalayen une renommée internationale – mesure le bonheur non seulement en fonction de la croissance économique, mais en prenant en compte aussi d'autres critères, tels que la sauvegarde de la culture, de l'environnement, le bien-être psychologique des individus et la bonne gouvernance.
Si le concept a séduit des responsables politiques et d'éminents économistes occidentaux, dont l'Américain Jeffrey Sachs, proche du secrétaire général des Nations unies, il ne fait plus l'unanimité chez lui. "Je suis sceptique face à l’utilisation abusive faite par certains et qui les a détournés des problèmes réels auxquels nous sommes confrontés", a expliqué le nouveau Premier ministre du pays. Une audace qui eut passé pour un crime de lèse-majesté avant l'abolition de la monarchie absolue en 2008, le BNB ayant été inventé par l'ancien roi du Bhoutan dans les années 1970 en réponse à la simple mesure quantitative du Produit National brut (PNB).
Un cocktail explosif
Il est vrai que le BNB n'est plus en corrélation avec ce que vit la société. Depuis quelques années, le Bhoutan fait effectivement face à d'importantes difficultés économiques et sociales. Chômage, pauvreté, corruption, grave pénurie de roupie, hausse de la criminalité, consommation d'alcool en augmentation… Un cocktail explosif, selon le Premier ministre, et qui risque d'altérer l'image de l'indice fétiche du pays.
Même si Tshering Tobgay admet que la "croissance économique n’est pas l’alpha et l’oméga du développement", il regrette que "le BNB ait été imposé au fil du temps comme un Graal absolu, occultant la nécessité de générer de la richesse", et refuse donc de le sanctuariser.
P. A.

