"Les Frères musulmans entrent dans les maisons, déguisés en policiers qui demandent de l’aide…", explique Jeannette, professeur à l'Université américaine du Caire. Un témoignage qui en dit long sur le climat de terreur qui règne actuellement en Egypte, et plus particulièrement dans la communauté chrétienne.
"Le 15 août est habituellement un grand jour de fête pour nous, les chrétiens d’Egypte", assure Fadl Baramki, un entrepreneur copte, installé au Caire. "Depuis toujours, en ce jour, nous nous rendons à l’église pour fêter Marie, son rôle de médiatrice divine entre le christ et les hommes. Elle a toujours été celle qui nous guérit du découragement ", ajoute-t-il, avec une émotion perceptible. "Mais cette année, nous n’avons même pas pu envisager de nous rendre à l’église. Sur la route, il y a désormais des groupes armés qui surgissent devant vous, qui ont une haine absolue dans les yeux et cherchent à massacrer. Et nous, en tant que chrétiens, nous savons que nous sommes une cible de choix…"
Soudain, la ligne de téléphone avec le Caire se coupe. Dans le silence brutal que laisse une ligne de téléphone interrompue, la détresse de Fadl nous parvient alors avec d’autant plus de force. Sa détresse, mais aussi le cri d’indignation qu’il lance en direction de l’Occident et du Vatican qui ne semblent pas vouloir comprendre que les Frères Musulmans ont perdu l’appui du peuple égyptien, - tant des musulmans que des chrétiens -, qu’ils se sont transformés en tueurs enragés, traquant ceux qu’ils peuvent et n’hésitant pas à donner 50 dollars par jour à de jeunes désœuvrés pour participer aux violences.
Un bilan lourd et significatif
Si Fadl tient à préciser que ce ne sont pas les chrétiens seuls qui sont visés par la rage des Frères Musulmans, mais la grande majorité des musulmans d’Egypte, le bilan dans la communauté copte depuis 10 jours n’a jamais été aussi grave, aussi lourd, aussi significatif : plus de 60 églises ou lieux chrétiens ont été brûlées, des dizaines de prêtres ou de chrétiens ont été attaqués et certains froidement assassinés, les mains liées derrière le dos et enterrés à même la terre de leur calvaire.
Dans ce contexte, la vie des chrétiens d’Egypte qui forment près de 10% des 80 millions d’habitants est pour ainsi dire suspendue. "Certains membres de ma famille qui habitaient des quartiers pro Frères musulmans ont quitté leur maison", explique Jeannette, professeur à l’Université américaine. "Ma fille, par exemple, s’est installée chez moi. Nous n’allons plus travailler. Nous ne sortons que pour remplir le frigo. Et moi, en tant que femme non voilée, je ne sors plus seule sans la présence d’un homme." La journée de la famille de Jeannette se déroule à présent autour du poste de télévision dans un sentiment d’insécurité persistant que le repli sur soi ne suffit plus à apaiser. "Nous n’ouvrons pas la porte", assure la femme, "car nous savons qu’il y a des Frères Musulmans qui se déguisent en policiers et prétendent demander de l’aide. Mais une fois qu’ils sont entrés, ils frappent et tuent…"
De l’avis de l’entrepreneur Fadl, de l’universitaire Jeannette ou du père jésuite Henri Boulad, l’Egypte est entrée dans une phase de violence imprévisible, mais incroyablement déterminée, qui fait basculer la majorité de la population égyptienne dans un sentiment de terreur au quotidien. Un scénario à l’algérienne ?
Laurence D'Hondt
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