Dans l'édition de ce mardi 20 août, notre confrère du "Soir", Ricardo Gutierrez, nous apprend que des centaines de patients séropositifs, demandeurs d'asile déboutés, se voient refuser la régularisation pour raisons médicales, en Belgique, sous prétexte qu'ils pourraient être tout aussi bien pris en charge dans leur pays d'origine. Une situation scandaleuse qu'ont choisi de dénoncer plusieurs médecins travaillant dans des Centres de référence sida du pays.
Si, entre 2011 et 2012, les demandes d'autorisation de séjour pour raisons médicales ont augmenté de plus de 50% en Belgique, la proportion de dossiers acceptés a diminué de moitié. Depuis janvier 2012, un "filtre médical" a été installé afin d'écarter les demandes abusives. Concrètement, les médecins de l'Office des étrangers se concentrent dorénavant sur les demandes émanant de personnes atteintes d'une maladie grave susceptible de mettre leur vie en danger. Déjà à l'époque, le secteur associatif dénonçait "une interprétation restrictive de la loi" qui voudrait, en somme, que l'asile médicale ne soit proposée qu'aux… mourants.
Aujourd'hui, ce sont des médecins travaillant dans les Centre de référence sida du pays qui s'insurgent. Ils constatent en effet que les expulsions de demandeurs d'asile déboutés atteints du sida ont tendance à se multiplier, sous prétexte qu'ils pourraient être tout aussi bien pris en charge dans leur pays d'origine. Ce qui, selon eux, est complètement faux dans la plupart des cas. En renvoyant dans leur pays certains demandeurs d'asile déboutés séropositifs, s'indignent-ils, la Belgique "signe leur probable arrêt de mort". En effet, rien, pour l'instant, ne garantit qu'un séropositif soit réellement pris en charge dans son pays d'origine, aucun suivi médical n'étant assuré.
Pas de suivi médical
"Actuellement, en Afrique, moins de la moitié des personnes qui ont besoin d'un traitement pour survivre à l'infection par le VIH en reçoivent effectivement un", témoigne le Dr Rémy Demeester, spécialiste en médecine interne et maladies infectieuses au CHU de Charleroi. "Et encore faut-il que ce traitement soit délivré de manière optimale, ce qui est loin d'être le cas, vu le nombre croissant de résistances aux médicaments. Tous les autres finissent par mourir: 1,7 million de décès en 2011." Et le médecin de poursuivre dans les colonnes du "Soir": "Tout le monde semble se féliciter de l'efficacité de la secrétaire d'Etat à l'asile, Maggie De Block. (….) La vérité est que notre politique n'est plus compatible avec les objectifs sanitaires avancés par l'Organisation mondiale de la santé et ONUSIDA, le programme des Nations unies contre le sida."
Chef de clinique adjoint au Centre de référence sida à l'Hôpital Erasme, Jean-Christophe Goffard évoque, quant à lui, la catastrophe que représente une expulsion pour les patients. "Je ne suis pas là pour juger la politique d'asile", explique-t-il, "mais quand on est face à un patient qui est en traitement chez nous depuis quatre ans et qu'il est en pleurs parce qu'il sait qu'il va devoir rentrer chez lui, où il ne sera pas soigné correctement, c'est pour nous intolérable."
Maggie De Block se défend
"Maggie De Block peut comprendre qu'un médecin s'inquiète du sort de ses patients séropositifs", explique Els Cleemput, la porte-parole de la secrétaire d'Etat, "mais il doit pouvoir aussi comprendre qu'il y avait de réels abus auparavant – par exemple, des étrangers qui demandaient une autorisation de séjour en Belgique pour soigner leurs dents de sagesse – et que c'est en luttant contre ces abus que l'on peut mieux donner satisfaction, et plus rapidement, aux demandeurs qui en ont vraiment besoin, ceux dont la vie serait en danger faute de bénéficier de soins en Belgique." La secrétaire d'Etat rappelle également que ce n'est pas elle qui a instauré ce "filtre médical", mais le Parlement.
P. A. (D'après "Le Soir")

