Editorial de Jean-Jacques Durré, paru dans "Dimanche Express" n°22 du 16 juin 2013 :
On ne se le cachera pas, le printemps 2013 a été maussade. Pas seulement sur le plan de la météo, mais aussi dans le monde. Conflit syrien, manifestations fortement réprimées en Turquie, crise financière et économique en Europe, … autant de points noirs à relever, sans oublier ce qui, hélas, est devenu pour les médias des sujets dont on ne parle plus ou presque, comme la guerre dans l’est du Congo, le printemps arabe qui a du mal à s’installer durablement, et bien sûr la pauvreté qui ne cesse de croître, dans les pays du Sud, mais aussi chez nous. De plus en plus de personnes ont du mal à «joindre les deux bouts» et même la classe moyenne est touchée.
Pourtant, un constat interpellant saute aux yeux: la hausse des marchés boursiers, malgré cette situation peu attrayante. Bien sûr, la tendance reste incertaine et il arrive que les indices perdent un jour ce qu’ils avaient gagné la veille. Mais, depuis le début de l’année, les places boursières ont gagné en moyenne quelque 4%. Et si l’on analyse leur évolution depuis dix ans, la progression atteint plus de 15%. Ce qui inquiète, c’est que cette hausse va de pair avec l’enracinement de la pauvreté, partout dans le monde et chez nous. L’indécence de cette situation est d’autant plus grande que les chiffres du chômage ne cessent de croître, ce qui augmentera encore la pauvreté. Dans le monde, des populations meurent de faim et doivent se battre chaque jour pour survivre, à défaut de vivre.
Certes, il ne faut tomber dans un jugement excessif. Tous les spécialistes vous diront que l’évolution des Bourses se base sur une anticipation de la situation économique. Doit-on dès lors être rassurés et, qui sait, se réjouir? Pas sûr. Car si les marchés ont été apaisés par le sauvetage de la zone euro et les aides financières accordées à des pays au bord de la faillite, on oublie que les conditions fixées pour l’octroi de ces prêts créent des disparités importantes entre les diverses couches de la population. Ceux qui ont beaucoup en ont toujours plus et ceux qui sont fragiles se précarisent davantage. Disons-le sans ambages: cette situation ne peut plus durer. Il est temps que les dirigeants des pays occidentaux, voire à l’échelle de la planète, songent à s’accorder sur la mise en place d’une taxe sur les transactions boursières, dont le produit pourrait être consacré à la lutte contre la pauvreté. C’est une question de décence.

